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so many things we're not - Aura

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Augustin Esposito
- GODS AMONGST MEN -
BLAZE : Rexicorn
CREDITS : joy + rexicorn
FACE : George Clooney
DOLLARS : 1531
SACRIFICES : 588
PORTRAIT :
ANNEES : 51 ans
CŒUR : c'est l'bazar, clairement
RÉINCARNATION : hermès, messager des dieux, dieu des voyageurs, des commerçants, des voleurs, des menteurs et des prostituées
TALENT(S) : téléportation, clairvoyance
FACTION : nuova camorra
OCCUPATION : directeur de la Intesa Sanpaolo Bank ; sous-boss de la camorra
GENÈSE : primus de stade quatre (post-grèce)
TALON(S) D'ACHILLE : le fantôme de sa Nina, addiction au nectar/drogues divines, un certain dieu du soleil
RUNNING GUN BLUES :
go on and just cry me a river



though you might be gone
and the world may not know
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by Jojofeels


by Fiona


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so many things we're not - Aura - Ven 7 Sep - 7:50


so many things we're not
Les yeux se plissent, rétrécissent le champ de vision pour mieux voir. Augustin a toujours une une vue satisfaisante, mais les années le rattrapent comme tout le monde, et à l’approche de la cinquantaine même les rapports imprimés les plus simples deviennent parfois un challenge en fin de journée. Il se laisse aller sur le dossier de sa chaise de bureau, tient le papier un peu plus loin de son visage ; ce n’est pas simplement qu’il n’arrive pas à lire, c’est surtout qu’il a du mal à croire à ce qu’il voit. La liste est formelle, il ne rêve pas.

Identité : Sciarra, Aura. Origine : Italie. Liens : ??? Fonction : ??? Intérêt : Modéré.

Il relit ces mots à plusieurs reprises, n’en croit pas ses yeux, et son cerveau cesse de fonctionner pendant de longues secondes, le temps de réaliser. Aura est arrivée à Arcadia il y a quelques jours, peut-être une semaine, et leur réseau a fait le travail. Une liste des personnes susceptibles de présenter un intérêt ou un danger quelconque pour la Camorra est éditée chaque semaine, leur permet de garder un œil sur les entrées et sorties remarquables de la ville. Mais jamais encore une arrivée n’avait eu un tel impact sur lui, personnellement. Il se redresse, repose la liste sur le bureau devant lui et compose le numéro d’un des caporegime chargé de la surveillance. Il veut tout savoir sur cette Aura, son cerveau soulève l’hypothèse qu’il pourrait tout à fait s’agir d’une autre personne portant le même nom, mais – quelle seraient les chances, vraiment, c’est grotesque. Ça ne peut pas être une coïncidence. Aura est une des leurs, elle l’a toujours été, hôte elle aussi d’un dieu depuis ses seize ans. Il ne pouvait pas en être autrement. Les gens comme eux semblent être attirés ici comme des aimants, peu importe leurs origines ou leurs histoires, ce n’était qu’une question de temps. Tôt ou tard, elle aurait fini par fouler la terre de cette ville où ils règnent en maîtres, ainsi qu’ils le faisaient avant sur l’humanité. Ça décroche de l’autre côté, et Augustin demande un rapport plus détaillé pour le lendemain, demande à ce qu’elle soit suivie. La conversation terminée, il regarde son écran d’ordinateur sans vraiment le voir, songeant, soupesant les tenants et les aboutissants de ce développement inattendu. Sept ans. Sept ans qu’il n’a plus vu la jeune femme, qui doit avoir bien grandi aujourd’hui. Il se réjouit de la savoir en vie, car son existence avait toujours été un pari un peu risqué, et même si la mort de son frère l’avait un peu sécurisée, le simple fait de faire partie d’une mafia réduit considérablement les chances de mener une vie longue et en bonne santé. C’est un univers impitoyable que le leur, mais c’est dans cet univers que Aura a grandi, et il ne doute pas qu’elle est devenue une pièce forte de leur organisation.

Mais pourquoi Arcadia, pourquoi maintenant ? Ses doigts tapotent nerveusement le bois du bureau, il observe encore ce nom qu’il ne pensait jamais retrouver ici. Il sait très bien les raisons qui auraient pu pousser la mafia à l’envoyer ici, lui qui pensait être à l’abri. Envoyer sa propre nièce pour le tuer pourrait paraître bien froid à première vue, mais ce genre de choses ne l’étonnerait même pas, à vrai dire. Ce n’est peut-être pas ça du tout, en plus. Peut-être cherche-t-elle des réponses, peut-être n’est-elle venue ici que dans le but de se comprendre un peu mieux et pas du tout pour lui. Il soupire, ne sachant quelle attitude adopter. La laisser vivre sa vie dans son coin sans se manifester, attendre de voir si elle passe à l’offensive, ou bien la confronter ? Il ferme les yeux un instant. De toutes façons, il aura un rapport détaillé demain à cette heure-ci. Il conviendra de décider de la marche à suivre plus tard.

Deux jours plus tard.

Il pousse la porte d’un bar en centre-ville et ses yeux parcourent rapidement l’assistance. Le lieu n’est pas bondé mais chaleureux, et son regard se pose bien vite sur la silhouette de Aura. Un texto envoyé dans l’après-midi sur le numéro qu’ils ont réussi à récupérer, un rendez-vous fixé sans plus de détails, et son Walther dissimulé dans une poche intérieure de sa veste, au cas où. Pas qu’il sorte souvent sans de toutes manières, ces choses là deviennent vite des doudous pour les mafieux pur souche. Il la détaille des yeux, un peu perturbé à l’idée que c’est Aura qui se trouve là, assise tranquillement sur sa chaise à quelques mètres de là. La jeune Aura qui ne bronchait jamais, que son grand-père préférait largement aux enfants légitimes de son défunt frère – même s’il n’en pipait mot à la première intéressée. Perle gardée jalousement dans l’espoir qu’un jour elle rapporte, cachant son secret honteux aux yeux du monde, prêts à s’en débarrasser si elle ne prouvait pas sa valeur. Heureusement cette valeur elle l’a eue à ses seize ans. Augustin se souvient encore des discussions qu’ils avaient tout les deux, de ces conseils qu’il essayait de lui donner, des ces fois où il l’entraînait à apprivoiser ce don nouveau et perturbant. Aura qui aimait Nina comme une sœur, Aura qui ne faisait pas de vagues et connaissait sa place – ou plutôt, qui ne la connaissait pas.

Il s’installe en face d’elle sans plus de cérémonie, ne désire pas tourner trente ans autour du pot. Il la regarde, observe les traits de son visage qui n’ont rien de changé à part le fait que la maturité commence à se ressentir. Elle n’est plus une adolescente, Aura. Il brise le silence assez vite, interrompt le fil glissant de ses pensées. Il ne s’agit pas de s’émouvoir de cela pour l’instant, il y a plus urgent à faire. « Aura, » commence-t-il, le prénom une vraie surprise sur sa langue. Cela paraît encore aussi improbable, comme situation. « Je suis content de te revoir, » enchaîne-t-il, bien que son expression un brin méfiante ne le laisse pas vraiment deviner. « J’espère simplement que tu n’es pas venue ici pour me tuer. » Il laisse cette question implicite s’élever entre eux, hausse un sourcil interrogateur à son attention. Aura est toujours la même petite italienne aux traits gracieux et à la fois marqués par une vie compliquée et un passé qui lui échappe. C’est fou ce qu’elle peut ressembler à Benicio. Il se l’était dit à l’époque, quand elle était plus jeune, mais là, après toutes ces années passées sans la voir, le choc est bien plus intense. Il le retrouve dans ses expressions, la ligne dessinée par ses sourcils, les yeux aussi.

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Aura Sciarra
- GODS AMONGST MEN -
BLAZE : thinkky
CREDITS : (c) PAPA-CHAT-LE-PLUS-CHOU & ANAPHORE
FACE : Emily Browning
DOLLARS : 501
SACRIFICES : 103
PORTRAIT :
ANNEES : (la trentaine), masquée derrière le visage de porcelaine et les traits de poupée, tueuse au regard de feu.
CŒUR : (célibataire) au coeur de pierre.
RÉINCARNATION : (Hécate), déesse de la lune, impératrice de l'ombre, guide aux carrefours, sorcière et enchanteresse du panthéon grec.
TALENT(S) : (Umbrakinésie) - ACTIF; (Transmutation) - INACTIF; (Illusions Cauchemardesques) - INACTIF; (Médiumnite) - ACTIF.
FACTION : (Nuova Camorra) mafia dans le sang, dans les veines,
OCCUPATION : (Caporegime) leadeuse de son groupe, soldats à sa botte. (Avocate), spécialisée dans les affaires traîtant des mafias, mettant la sienne hors de soupçon, plombant les autres selon les alliances.
GENÈSE : (Primus), stade 3
TALON(S) D'ACHILLE : (la mafia) seule famille restante, les atteindre reviendrait à l'enterrer. (scarifications) réclamation de la douleur par le corps, lame perçant la peau à intervalles réguliers pour calmer les pulsions.
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so many things we're not - Aura - Mar 18 Sep - 23:38


so many things we're not
Le regard courait sur les environs, détaillait la rue qu’elle prenait pour la deuxième fois depuis son arrivée. Elle était encore un peu perdue Aura, à Arcadia. Il y avait une réelle différence avec la ville italienne dans laquelle elle avait grandi, et celle américaine où elle avait étudié. Pourtant, contrairement à d’autres, rien ne transparaissait sur ses traits de porcelaine. Elle continuait d’avancer, jetant de légers regards par-dessus son épaule. Elle était suivie, sans aucun doute. L’ombre était discrète oui, mais pas assez pour l’impératrice elle-même. Elle s’arrêta devant une fleuriste, fit mine de se préoccuper d’une plante, posa quelques questions dans un anglais sans la moindre trace d’accent. Les réponses ne l’intéressaient guère, mais l’enthousiasme de la vendeuse masqua le manque d’émotions d’Aura, et accapara surtout l’attention des badauds. De quoi faire passer inaperçues les pupilles insistantes de l’italienne. Elle repéra une silhouette, à quelques mètres de là. Dommage que le soleil brille haut dans le ciel, sinon, elle se serait transportée sur la pointe des pieds jusqu’à l’inconnu. Enfin, cela faisait quatre jours qu’elle était arrivée en ces lieux mystiques, et la voilà déjà fichée. Alors, elle s'interrogeait : qui pouvait-elle bien intéressé, dans la ville où des récurrences bien plus puissantes se déplaçaient ?

**

Le message était arrivé sur son téléphone. Émetteur inconnu, mais la signature ne faisait pas de doute. Elle était restée de longues secondes dans le silence, les yeux rivés sur les quelques mots écrits sur l’écran. Elle était conviée à un rendez-vous, dans un des multiples cafés, bars de la ville. Bien. Ça pouvait être un piège, malgré le nom familier – trop familier – offert en pâture. Pourtant, elle savait qu'il était ici. Sa première mission n’était-elle pas de tuer cette pièce encombrante de l’échiquier de son père ? Un cavalier solitaire qui était devenu de trop dans la famille. Et les éléments instables, on les supprimait. Une balle dans la nuque, froide exécution après une vie à flirter avec le danger. Sauf qu’Aura, elle s’était détachée des ordres. Elle n'avait pas cru aux excuses avancées par son supérieur, aux raisons de cette fuite. Haute-trahison. Il y avait les faits, et elle courbait peut-être l’échine face à eux. Puis il avait été dit qu'il avait tué sa propre fille. Nina. Et le soldat avait refusé d'y croire. Elle le connaissait assez pour savoir que jamais il n'aurait fait ça. Mais le fin mot de l'histoire, elle ne l'avait jamais eu. Alors, elle attendait juste.

Le message de réponse fut court et synthétique, à son image.

J'accepte.

**

En avance, comme à son habitude, Aura s’était posée dans un coin du bar. Les derniers lueurs du soleil se battaient pour garder leur position, mais l’italienne put enfin retirer les lunettes de soleil protégeant ses pupilles. Depuis l’arrivée de la déesse, de la récurrence en elle, elle se promenait avec une incapacité à se glisser sous les rayons assez handicapante. Certes, elle s'y était habituée, était devenue experte dans l'art d'espionner et tuer à la lueur de la l’une, mais cela la rendait vulnérable bien trop longtemps à son goût.

Lunettes sur le haut du crâne, elle scannait les environs, cherchait les issues de secours et les personnes dangereuses. Aura, elle ne faisait confiance à personne. Finalement, même Augustin n’échappait pas à sa méfiance naturelle, héritage de son éducation mafieuse. Il la connaissait de toute manière, avait passé plus d’un an à ses côtés, à appréhender cette nouvelle nature qui lui était tombée sur la tête un peu brusquement. Mais elle avait les épaules pour rester debout Aura, c’était ce qui se disait, c’était ce que tous pensaient. Qu’importait ce qui lui tombait dessus, elle ne vacillerait. Cœur de pierre, corps d’acier, elle encaissait tout. Et ça, au prix de son humanité, des vestiges de ses sentiments et émotions. Elle avait tout sacrifié pour ne pas chuter. Comment s’en sortirait-elle la prochaine fois ?

Une silhouette s’approcha, s’installa face à elle. « Bonjour Augustin. » Voix presque trop fluette qui répondait au mafieux. La tête se pencha doucement sur le côté, les lèvres restèrent closes après ses mots. Il n’avait pas fini, et Aura n’avait pas pour principe de couper la parole à quelqu’un. Encore moins quand elle sentait qu’il lui manquait des informations. Le dos s’appuya contre le dossier de la chaise, et elle rebondit sur le discours de l’autre : « Tu serais déjà mort si tel était le cas. » Dead serious. C’était prétentieux. C’était hautain. Mais c’était la vérité. Elle était venue ici sous son identité réelle, ne s’était pas cachée. Et pourtant, lui savait qu’elle était experte dans ce domaine. La discrétion la voilait, l’enveloppait. « Même si c’était là la mission première. » Continuer sur sa lancée, ne rien cacher. Eliminer le dernier élément perturbateur. Et l’ordre avait été balancé aux oubliettes, avec tous les risques que cela impliquait.

Un serveur s’accrocha, et un simple expresso fut commandé du côté de la plus jeune, comme à son habitude. Une fois reparti, elle put continuer. « En revanche, je n’apprécie pas trop être suivie. » Sourire, tranchant sur ses traits souvent froids. « Tu devrais leur apprendre à être plus discrets. » Bon, ils n’étaient pas si mauvais. Et elle n’avait dû en voir qu’un. Cependant, c’était aussi souligné car Aura aurait pu le tuer, ce suiveur. Si elle avait été soumise à un quelconque stress, ou à un besoin de se protéger. Et là, peut-être aurait-elle été un peu plus dans la merde.

« Ca faisait longtemps Augustin… » La voix s’était adoucie, empreinte d’une émotion rare chez la gamine. Parce que y’avait personne avec qui elle pouvait se laisser aller, avec qui elle pouvait retrouver la carcasse d’humaine, loin des considérations mafieuses…

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so many things we're not - Aura - Dim 30 Sep - 22:37


so many things we're not
Elle a l’air redoutable, Aura. Tout en elle sent la chasseuse, formée par sa famille à tuer depuis la plus tendre enfance et il sait que ce genre de formation ne retient que les meilleurs. Car à son âge, si elle est encore en vie, c’est qu’elle est utile à la famiglia. Si ils savent se serrer les coudes, s’ils aiment prétendre qu’il n’y a rien de plus important que la famille, là-bas ils ne font pas dans la dentelle quand il s’agit des affaires. Les seuls inutiles qu’on tolère sont ceux de la famille fondatrice – comme son père qui n’avait pas les épaules, mais qu’on n’a pas fait noyer car le sang passe avant tout. Et Aura ne fait pas partie de la famille nucléaire. Pas officiellement. Le sang de bâtard ne compte pas aux yeux du vieux boss. De grand-père, pense-t-il avec un cynisme tout indiqué.

Les mots de Aura confirment les impressions qu’elle lui donne, si confiante en son talent létal qu’il ne lui viendrait même pas à l’esprit de remettre cette affirmation en question. S’il devait mourir, il serait déjà mort, assurément. Mais il est toujours en vie, pourtant, même si la raison de sa venue semblait apparemment bien concerner son exécution. Il hausse les sourcils, pas vraiment surpris par cet aveu mais plutôt par le fait qu’elle n’ait pas suivi les ordres… ou bien attendait-elle simplement de le voir, réservant son jugement ?

Il demande un expresso lui aussi, et sourit à la remarque de Aura sur les quelques hommes de la Camorra qu’il avait mis sur sa piste. Certains sont excellents, des vraies ombres, mais on ne trompe pas la déesse nocturne aussi aisément qu’une autre – surtout lorsqu’elle est doublée d’une expatriée de la mafia italienne. « Tu ne me les as pas abîmés, c’est gentil de ta part, » plaisante-t-il, retrouvant l’aisance qu’il avait acquise auprès d’elle toutes ces années auparavant, la facilité à lui parler qui n’était pas venue d’un coup. Enfant docile, peu expressive, adolescente téméraire et appliquée qui contrastait tant avec sa Nina, il n’était pas simple de la faire s’ouvrir aux autres. Ils avaient réussi à s’entendre et à se comprendre, au fil des mois passés à travailler ensemble sur son don.

Les derniers mots d’Aura lui rappellent cette jeune fille qu’il avait découverte derrière la carapace, qui au fond cherchait simplement un contact quel qu’il soit. Une main tendue, un sourire. Comme tout le monde. Il se souvient de ses jeux avec Nina, de ce lien qu’elles avaient tissé au fil des années, deux opposées se complétant pourtant. Nina transformait tout ce qu’elle touchait en or, sa voix et sa joie de vivre inondaient les cœurs même les plus froids d’un bonheur sans pareil. Ses sourires rappelaient l’été, ses mots la caresse d’un vent chaud sur la joue. « Six ans, au moins, » acquiesce-t-il. Le serveur revient vite avec leurs deux cafés, les dépose devant eux et retourne prendre des commandes. Augustin regarde Aura, se demande ce qu’elle a bien pu vivre depuis tout ce temps, se demande ce qu’on lui a dit, ce qu’elle sait, ce qu’elle en pense. Si elle avait cru à ce qu’on a raconté sur lui, elle lui aurait sans doute déjà tiré une balle entre les deux yeux. « Je suis désolé d’avoir disparu comme ça. Je ne pouvais rien te dire, pour ne pas te compromettre. » Il tourne un peu la cuillère dans le café, n’aime pas le boire trop chaud. D’ordinaire, ici, ils le servent brûlant. Ses yeux se reposent sur Aura, détaillent encore son visage, ayant toujours un peu de mal à croire qu’ils se retrouvent ainsi. Il pensait ne plus jamais la revoir. « Est-ce que je dois comprendre que tu as... trahi ta mission ? » Ou bien est-ce que tu pointes un flingue sur moi sous la table ? L’idée le fait un peu sourire, cliché de films de gangsters qu’il n’a jamais vraiment vu à l’œuvre. Ça a dû se faire, sûrement. Mais il y a des façons plus simple de supprimer quelqu’un – à part quand on aime pousser la mise en scène à l’extrême, goût pour le théâtral qui, il l’avoue, va plutôt bien à la mafia italienne.

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Aura Sciarra
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so many things we're not - Aura - Dim 14 Oct - 1:20


so many things we're not
Les pupilles détaillaient la silhouette de l’homme, qu’elle n’avait pas eu l’occasion de réellement revoir depuis six ans. Pourtant, elle l’avait croisé, elle l’avait aperçu, au détour de ses pérégrinations, des tueurs qu’elle avait elle-même éliminés, avant qu’ils n’atteignent leur but. Oh, certains étaient passés entre les mailles du filet, elle n’était pas infaillible. Mais plusieurs avaient fini leur vie bien plus tôt qu’ils ne l’auraient attendu. Et Augustin n’en saurait rien. C’était son souhait à la gamine, de maintenir le secret sur ces années passées. « J’y ai pensé pourtant. » Vérité glaciale, de celle qui avait les lames entre les doigts, et les ombres pour asphyxier quelqu’un. Ca aurait pu courir sur la peau, remonter sur l’épiderme des espions, et en quelques minutes, s’enlacer autour du cou, et supprimer l’accès à l’air. Et elle n’avait plus qu’à attendre qu’il s’effondre sur le bîtume. Mais c’était trop risqué. Elle aurait attiré l’attention, et la vengeance de familles sur elle. Ce n’était pas son but en arrivant à Arcadia, elle qui allait faire assez de vagues dans son entourage italien dans les jours à venir. Qui aurait cru que la gamine prodige se détournerait des siens ? « Mais il fallait mieux ne pas partir sur de mauvaises bases avec cette ville et ses habitants. » Il fallait être stupide, pour ne pas voir les bras de fer qui couraient dans les rues de la ville. Pour une mafieuse de sa trempe, elle ne pouvait pas l’ignorer…

Six ans. Six longues années, durant lesquelles les interrogations avaient été tues par le boss, par l’esprit formaté par la mafia. Ne pas douter, ne pas remettre les décisions en cause. Elle était un excellent petit soldat Aura, elle suivait chaque ordre donné avec une précision effarante. Pourtant, sa silhouette ne payait pas de mine, trop petite, trop maigre, trop enfantine. Chaque remarque la ferait rire, si elle en était capable. Parce qu’à s’arrêter au corps, nombres l’avaient sous-estimé. Et tout autant étaient morts. A trop jouer au con, on finissait souvent par louper une marche… « C’est long. » Ce n’était que deux mots, coupés par l’arrivée du serveur. Tant mieux, elle ne voulait pas devenir sentimentale de ces retrouvailles. Les cafés posés sur la table, elle en prit une tasse, en but une gorgée. Ca lui rappelait l’Italie, et ça lui rappelait aussi la fin. Après tout, rien que sa présence auprès d’Augustin sans qu’il ne meure était une trahison…

« Me compromettre ? Que s’est-il passé exactement ? » Elle avait besoin de vérité Aura, elle avait besoin de savoir, pour se détacher de la culpabilité qui arracherait son cœur. Avait-elle eu raison, de faire ce choix ? Le regretterait-elle, quand ce sera Augustin qui la trahira à nouveau ? Elle n’accordait que peu sa confiance l’italienne, pour se protéger, parce qu’elle connaissait les côtés les plus sombres de l’être humain. Elle côtoyait tellement de monstres au quotidien, cachés derrière des gueules d’ange et les sourires solaires. Leur faire confiance, c’était signer son arrêt de mort. Alors, elle appliquait ce fameux conseil, de ne toujours compter que sur soi-même, pour sa survie, pour son myocarde et sa stabilité.

Trahir sa mission… L’entendre dire rendait la chose encore plus amère, elle qui s’était toujours dit que jamais elle ne faillirait. Cependant, les aléas de la vie la mettaient dans une situation détestable, la poussaient dans ses propres retranchements et ce, depuis des années… Les bras se croisèrent, en même temps que les jambes, symbole de défense. « On va dire ça. » Combien de fois avait-elle tué, pour lui, sans qu’il le sache ? Cette mission, elle avait su à l’instant où elle l’avait reçue, quelques semaines auparavant, que ce serait la fin de sa vie au sein de la mafia. « Il y a certaines choses qui m’ont paru… Incohérentes, dans le discours qu’on m’a tenu. » Oui, même elle le pensait, quand bien même on lui avait mis des œillères toute son existence durant. « Je ne pouvais pas exécuter la seule personne que j’ai pu apprécier. Pas quand on m’offrait que des mensonges en explications. » Pas quand il s’agissait du seul vestige, du seul souvenir un tant soit peu tangible, et agréable. Parce que c’était l’image de Nina qui revenait, quand les pupilles s’accrochaient aux traits d’Augustin. C’était le passé qui ressurgissait, s’ancrait de trop dans l’esprit. Mais elle était imperturbable Aura, de l’extérieur.

Petite poupée gravée dans le marbre blanc de la Toscane…

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