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violentes banalités

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violentes banalités - Lun 1 Avr - 18:21


Insane, inside, the violence gets me high
La nuit tombe sur Arcadia. Le crépuscule a laissé place au ciel noir. La lune est pleine, les étoiles à peine visibles. Les rues ne sont plus sûres à cette heure-là, et les gens le savent. Ils ne sont pas nombreux dehors, les longs trottoirs désertés par leur foule habituelle. Arad est en train de tirer sur sa sixième, ou septième cigarette, il a perdu le compte. Les rondes sont devenues monotones ; Deux ou trois tireurs à la sauvette, des téléphones disparus des poches et revendus sur le net quelques semaines plus tard. En attendant il se gave de cheeseburgers, ceux qu’il achète au pire restau du coin, et attend que les heures passent. Il est sensé patrouiller, alors pour faire bon genre il change de place à sa voiture tous les quarts d’heure. Il se rappelle des histoires de son père, celles dans lesquelles il s’extasiait d’avoir arrêté un supposé coupable lors d’une descente en centre ville. Arcadia est d’un autre ressort. Ce ne sont pas les crimes qui manquent, seulement les  justiciers. Parfois il se demande ce que fout la police, avant de se rappeler qu’il est là, arme posée sur le tableau de bord, tentant de ne pas s’étouffer avec des frites tellement grasses qu’elles laissent des traces d’huile sur ses mégots.

Ca fait une bonne dizaine de minutes qu’il est garé là. Il fait semblant de surveiller un type suspect, capuche sur la tête, mains secouées de spasmes incontrôlées. Visiblement un addict ; Héroïne ou cocaïne, quelque chose d’assez stimulant pour le laisser dans une transe paranoïaque. L’homme ne cesse de se retourner, comme s’il s’attendait à ce que quelqu’un le poignarde dans le dos. Il ne remarque même pas la voiture banalisée garée juste en face de lui. Ca mérite un ricanement de la part d’Arad, qui tente de ne pas s’étouffer avec son encas nocturne.

Un autre type se ramène, aussi suspect que son comparse, mais dans un autre genre. Il a les cheveux plaqués en arrière, un costume qu’il devine au dessus de sa paie mensuelle. Le genre de client qui pense que la poudre s’achète hors de prix. L’échange est rapide. Une liasse contre une brique, et Arad ne fait rien parce que quoi qu’il arrive, le gosse sortira demain grâce à l’argent de papa, et le dealer fera de la taule parce qu’il n’est pas assez blanc au goût du juge. Quel putain de cliché. Il termine son burger et démarre la voiture. Ca a le don de faire sursauter le vendeur, qui fourre son argent durement gagnée dans ses poches et se met à fuir les lumières des phares. Juste pour le torturer un peu plus, Arad le suit, allure lente et vitres teintées. Ca le distrait jusqu’à ce que l’homme, déjà paranoïaque, bouscule un autre passant. La voiture s’arrête. L’homme, sûrement sous l’effet de sa propre marchandise, oublie qu’on le suit et s’attaque à la cible la plus accessible.

La pauvre victime ne ressemble pas à un client. Il ne sait pas à quoi il ressemble exactement. Arad est tellement absorbé par les clichés et les faciès dits « reconnaissables » qu’il en a oublié à quoi ressemblent les gens normaux. Il observe l’échange comme un touriste dans un zoo, obsession malsaine - Entrouvre la fenêtre pour écouter. Ca a déjà dégénéré. D’un « fais gaffe » annonciateur à un « tu me suis, c’est ça?! » assez dingue pour en être insensé. Un bref contact, juste une bousculade jusqu’à ce qu’il aperçoit la lueur d’une lame dans la main de l’agresseur qui accule sa victime contre le mur. Arad a la main sur son arme, grimace quand il sent ses doigts glisser sur la poignée, laissant des empruntes de graisse visible sur la crosse lustrée. Pourtant il ne bouge pas, comme absorbé par le spectacle, violence quotidienne qui ne le choque même plus.
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violentes banalités - Mar 2 Avr - 1:10


Blood stains, speed kills, fast cars, cheap thrills
Les ténèbres me tendent leurs bras d'incertitudes. Je ne suis pas resté dehors aussi tard depuis bien longtemps. Lorsque les derniers rayons disparaissent derrière les building et que les ombres s'allonge, comme si quelque chose dévorait lentement la ville, le soleil en travers de la gorge. Je n'avais pas peur de la tombée de la nuit avant. Lorsque le monde était encore simple, que les hommes n'étaient que des hommes et que la seule chose qui pouvait m'arriver de pire était de rater le dernier métro. Mes perspectives ont bien changées depuis; l'astre noir qui se trouve en moi, l'éclipse de ma raison qui décroît à mesure que les néons s'allument dans la rue. Les traînées de lumières, des rouges, des roses et des vertes agressives. Les fantômes de la vie nocturne qui se plantent dans la rétine de mon esprit malade comme des cure dents dans des olives. Cocktail de migraine saupoudré de fatigue, c'est l'happy hour du chaos dans mon crâne. Gueule de bois sans alcool, les méninges tellement en vrac que je ne distingue même plus le grondement des voix dans ma gelée cérébrale. Marcher en se tenant le crâne à deux main est des plus il pratique et inutile, mes paumes ne savent pas faire magiquement disparaître mes problèmes. Pourtant ce contact sur mes tempes est un placebo suffisant pour me permettre de continuer à avancer, hasardeux sur le chemin du retour.

J'aimerai que Cujo soit là, la présence rassurante de mon compagnon canin. Inconsciemment je l'appelle, j'étends ma conscience vers sa présence comme j'ai appris à le faire avec le temps. Mais je suis trop loin, je suis seul au monde dans cette rue transversale qui pue le restaurant chinois et les ordures. Trop de choses qui me harcèlent les sens, mais le gros de la tempête est à l'intérieur. Les phalanges qui ont tremblées tout l'après-midi, le stress qui a une fois de plus réveillé mes vieilles habitudes. Je me surprend à retomber dans le cercle de ces vieilles pensées toxiques, le poison encore presque décelable sur mes lèvres même après tous ces mois sobres. Et plus je résiste, plus je refuse et plus mon corps rejette le contrôle par ses douleurs vindicatives. Pas d'argent pour payer un taxi, les femmes qui changent de trottoir en me voyant gesticuler et geindre tout seul. Je pue la sueur et la clope des autres dockers. Je suis une épave, pas si belle que ce que Lylah susurrait pourtant.

Et quand enfin le spectacle son et lumières de ma psychose se calme, ce n'est que pour me faire réaliser que je me suis paumé dans un pâté de maisons familier. Mes pas ces traîtres qui m'ont mené vers le quartier industriel, vers ces habitudes que je veux oublier. Le temple de l’autodestruction, ce que j'étais, mais que j'ai appris à ne plus être. Tant bien que mal. J'ai à peine le temps d'échapper un souffle lorsque le premier coup heurte mon épaule avec l'intention de me bousculer. Je me souviens de cet homme parce qu'il est l'un des visages que j'ai essayé d'effacer de ma mémoire en centre de détox. J'ignore s'il m'a reconnu, sûrement pas vu qu'il semble décidé à me vendre ses insultes plutôt que sa came. Je n'ai même pas la force de placer un mot, baissant la tête face à l'animosité pour passer outre, comme je le fais souvent. Mais déjà il me rattrape d'un « fais gaffe » menaçant. J'essaie de me dégager une nouvelle fois mais l'éclat de la lame attire aussitôt mon œil. J'échappe un souffle de surprise lorsque je me retrouve acculé contre le mur, le regard commençant à s'affoler pour chercher une échappatoire, quelqu'un, n'importe quoi. Cette situation m'est familière, pourtant je doute que ce type soit un autre de mes frères perdus venu m'annoncer son existence en fanfare. J'essaie de garder mon sang froid, mettre autant de distance entre la lame et ma gorge. Voyons Maldwyn, tu sais te défendre. Murmure une voix moqueuse. Tu es pitoyable, faible ! Finit par gronder Hollow. Utilise-le, aller. Susurre une autre. J'ai peur. Je suis terrifié. Je n'entends pas les mots réels, ceux de l'agresseur. Je sens en revanche la vive douleur qui m'arrache un gémissement lorsqu'il me frappe violemment en plein visage d'un revers du manche de son arme et de son poignet. Aveuglé un instant, la douleur et le sang qui jaillit de mon nez en manquant de me faire perdre pied. Je titube sur moi même, échappant un autre gémissement lorsque la lame égratigne ma gorge superficiellement.

Je la sens monter en moi, cette sensation, cette proximité. Je tente de résister mais déjà ma conscience est attirée ailleurs, elle court à toute allure près du sol. J'ai peur, que quelqu'un m'aide. Un ordre indirect, l'instinct d'un danger de mort imminente. Mon esprit glisse vers un autre appel, il a bondit sur le capot une voiture à proximité et commence à gronder en direction de l'homme. De saut spatial à saut spatial, je reviens à moi petit à petit. C'est lorsqu'un hurlement m’échappe que je comprends ce que je viens de faire, ce que j'ai conjuré. Déjà l'un des chiens errants saisit l'homme à l'avant bras tenant l'arme, toutes dents dehors. Le couteau tombe à terre mais il n'a pas le temps de le ramasser qu'un autre animal se jette sur sa jambe. Puis un autre, et encore un autre, la meute resserre son étaux sur sa proie et sonne l'heure de finir la chasse. Je recule en manquant de tomber, horrifié de l'homme qui se met à hurler de douleur. Ils ne visent pas de points vitaux, évitent scrupuleusement l'aorte et la carotide. Inconsciemment je suis soulagé, rassuré de moi même de ne pas avoir détesté l'homme au point de le tuer. Pourtant les morsures ont bien l'intention de le faire souffrir et le sang jaillit à gros bouillon. Mais lorsqu'il parvient à donner un coup de pied à l'un des chiens, j'enrage un peu plus. Je ne fais qu'un. Maître et serviteurs. L'assaut des six animaux reprend de plus belle, jusqu'à mettre l'homme à terre. Il continue d'hurler et ses cris finissent par briser quelque chose en moi. S…stop. Arrêtez. Que j'essaie de leur ordonner, mais ma voix mentale est couverte par la jubilation de celles qui me hantent. Stop ! A ce rythme plus besoin de le mordre à la gorge pour faire des dégâts irréparables. « STOP ! » Que je parviens à hurler entre les larmes, la meute des six se stoppant instantanément, les babines et les dents rougies. Je tombe à genoux, vidé de mes forces. L'un des chiens se mets en travers de ma route et grogne vers une immense silhouette que je distingue à peine de mon regard flou. Les gémissement de l'homme au sol, les pas qui se rapproche. « Qui… » Que je questionne avec mes dernières bribes de langage avant que les mots ne disparaissent, laissant uniquement place à un grognement rauque.
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violentes banalités - Mer 3 Avr - 14:57


Insane, inside, the violence gets me high
Le coup parti fait réagir Arad - enfin, après avoir été spectateur pendant tout ce temps, il se décide à intervenir. Il ignore ce qui l’a retardé. Il avait pour habitude de croire en la justice, de croire que malgré le fait qu’il lui fut imposé, son badge avait une signification positive. Maintenant il est las. Las de cet insigne lustré, des ordres crachés par les supérieurs, des regards moqueurs, des surnoms ridicules murmurés quand il a le dos tourné. La APD est une blague, une façade moqueuse derrière laquelle se cachent parasites et flics pourris. Il en ferait presque parti s’il n’était pas si fier, si égocentrique. Assez pour penser qu’il est mieux que ça, mieux que les messes basses et les billets glissés discrètement dans la paume de la main. Mieux que ces avocats pourris qui proposent des deals sans réclamer justice. Il est prêt à intervenir, apparaître au bon moment, comme les héros des bandes-dessinées qu’il lisait quand il était gosse. Mais il n’a pas le temps de sortir de son véhicule qu’un chien surgit de nulle part pour s’attaquer au dealer. La surprise le fait hésiter. Puis un autre animal débarque pour s’acharner sur l’homme, et un autre, encore et encore jusqu’à ce que le criminel devienne une victime.

Sont-ce les chiens de l’inconnu? Dressés et fidèle, prêts à réagir face à une situation dangereuse? Pourtant ils n’y ressemblent pas. De toute forme, toute taille, mordant dans la chair avec un acharnement effrayant. Il est certain que parmi ces chiens se trouvent des cabots des rues, sans maître ni loi, et qui pourtant se soumettent à l’autorité de l’homme qui les contrôle. L’ordre crié ne fait que renforcer ses théories. Le brouillon de sang et de cris s’assagit, corps frémissant sur le bitume mouillé. Il claque la porte de sa voiture pour attirer l’attention et détache son arme de son étui. Il surveille les bêtes d’un oeil méfiant, et pointe le canon sur leur maître.

« APD, les mains où je peux les voir! Je t’assure qu’une pression de gâchette est plus rapide que tes chiens, alors rappelle-les. »

Il menace, tente d’impressionner alors que c’est lui qui est sans-voix. Jamais il n’avait vu ça ; crime violent et primal, animaux de compagnie devenus prédateurs. Il sait qu’il peut avoir leur maître en premier si jamais il se décidait à attaquer, mais il n’en sortirait pas indemne. Sa radio est restée dans la voiture, appeler du renfort n’est même plus une question. Il n’a pas le temps, il doit réagir vite. L’homme est visiblement en détresse; peut-être que cela s’est fait ressentir par les chiens, peut-être qu’un vieil instinct de protection s’est mis en marche face à la puanteur de la peur humaine. Les théories traversent son esprit, plus ridicules les unes que les autres.

Lentement, il s’approche. La meute ignorée, flingue toujours pointé vers l’alpha alors qu’il vérifie le pouls de l’agresseur initial. Ses doigts en ressortent rougis, sang qui s’écoule dans les caniveaux avec la pluie qui commence à tomber. Bientôt il est trempé, lourd et ralenti par l’eau qui s’est infiltrée dans ses vêtements. Il se souvient des quelques mots de son supérieur ; Parfois il vaut mieux utiliser les mots avant d’utiliser son arme, Rose. Il n’a jamais été très doué avec ces-derniers. Sans véritable sens alors qu’ils dégueulent de sa bouche, menaces transformées en tentative d’apaiser. Il ne réfléchit pas quand il s’approche un peu plus.

« Rappelle tes chiens et il ne t’arrivera rien, je te donne ma parole. »

C’est un mensonge. Evidemment qu’il lui arrivera quelque chose, ne serait-ce qu’aux bêtes qui se feront abattre une par une pour leur agressivité. L’homme se retrouvera menottes aux poignets, tremblant et pathétique, comme il l’est maintenant. Pourtant il n’a pas l’air d’un tueur. Arad les reconnait, ces anciens junkies, il les a côtoyer assez souvent pour savoir d’où vient cette incertitude dans le regard, cette misère qui les accable. Il s’approche encore un peu, et pointe son arme vers le ciel, mains en l’air comme pour apaiser l’âme troublée qui se cache au milieu des prédateurs aux gueules encore sanguinolentes.

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violentes banalités - Mer 3 Avr - 18:46


Blood stains, speed kills, fast cars, cheap thrills
Le monde s'échappe à vive allure, au rythme de mon cœur qui s'écrase contre mes côtes. Souffle coupé, la nausée en travers de la gorge. J'ai ravalé ma langue, les mots sensés et les filtres protecteurs qui auraient pu me sauver de l'horreur de cette situation. Je suis devant le fait accompli et je suis terrifié. Un seul regard vers l'homme gisant suffit à me jeter à terre à mon tour, embrasser le sol du contenu de mon estomac dans un gargouillis immonde. A quatre pattes, animal sauvage à l'image des bêtes qui m'ont rejoint. Il me faut lever une main tremblante par dessus les hauts le cœur lorsque l'homme me mets en garde de ses mots. APD Je ne réalise pas tout de suite, le corps secoué de violent tremblements. Ce soir est différent des autres fois. Une ligne franchie, une leçon apprise de la pire manière qui soit. Même les voix se sont tues, elles n'osent ajouter leur grain de sel dans la plaie béante de mon cœur. J'ai fais du mal à un autre être humain. J'ai fais du mal à un autre être humain. Le choc est un écho lancinant, presque un souvenir malsain. Je ne suis pas de nature violente ou colérique. Pas même assez imposant physiquement pour prétendre intimider; les autres dockers ne manquant pas de me le faire remarquer tous les jours. Pourtant il y a des instances de ma mémoire qui pourraient prouver le contraire, faire lumière sur les ténèbres qui se cachent sous la surface innocente. J'ai frappé mon frère ce jour-là. Mes poings s'écrasant sur son visage de toute l'envergure de ma rage, ce sang qui était le mien et dont je refusais la vérité. J'ai passé ce maudit bracelet à Delilah. Son souffle s'échappant en un instant, son cœur cessant de battre et son corps se désarticulant. J'ai fait du mal à celle que j'aime. J'ai déjà fait du mal à un autre être humain. Je ne suis pas innocent. Je ne suis plus normal. Est ce que je suis même encore humain ?

Un autre hoquet me tord les cordes vocales, plainte gutturale alors que je redresse mon corps à genoux. Je remarque enfin l'arme pointée sur moi, la silhouette menaçante qui s'approche lentement. Mais je ne réagis pas, la main qui s'était levée comme une supplique a finit par se rabaisser, à bout de forces. Et parce que je ne réagis pas les bêtes ne réagissent pas, ne sentant pas le danger venir comme si elles n'étaient plus dotées de leur indépendance. « Pas… leur faute… » Que je parviens à articuler non sans efforts et sans emmêler ma propre langue trois fois. Mes yeux sont embués de larmes lorsque je les poses sur l'un des chiens. Celui-ci vient instantanément à ma portée, la langue pendante et l'œil joueur, bien loin de la furie d'il y a quelques instant. Il s'approche pour me lécher le visage lorsque je tends une main tremblante et tâtonne maladroitement sa tête. La bave et l'hémoglobine qui se déposent sur mon visage me glacent l'âme, une douche froide qui me rappelle l'état douloureux de mon propre visage abîmé par le voyou maintenant tout aussi victime. Je baisse une nouvelle fois le regard vers l'homme blessé et un grognement m'échappe. Pas… Faute. Je me noie dans mon propre esprit encore embrumé par l'instinct animal. J'ai plus envie de grogner que de parler. L'homme a levé son arme au ciel mais il continue d'avancer. Une part de moi veut lui aboyer dessus et je dois me contenir avec difficultés pour ne pas le faire. « Pas… leur… faute ! » Que je gronde plus fort. Je ne veux pas que cet homme fasse du mal à ces animaux à cause de moi. De ce que je suis. Mais qu'est ce que je suis putain ? Tu es Arawn., la certitude murmure. Mais je ne veux pas l'écouter. Je ferme les yeux pour retrouver cette sensation au fond de moi, cette connexion. Je leur hurle de fuir mais ils ne bougent pas, alignés en une rangée parfaitement ordonnée autour de moi. Fuyez, sauvez vous. Je suis désolé de vous avoir utilisé. Tout ceci ne fait aucun sens. Et pourtant. Ils finissent enfin par lentement se redresser, me jetant tous un dernier regard avant de se disperser aux quatre vents. « Fuyez… » Que je grogne faiblement, les mots cette fois sont les derniers. Il n'y a plus qu'une seule chose en moi, ou plutôt, il n'y a plus rien. Plus une once d'humanité. Juste la volonté de lever les mains en fronçant les lèvres d'un rictus animal de mise en garde, éternel grognement dans la gorge, mains qui se tendent pour recevoir les menottes. Ce n'est pas de leur faute, ce n'est pas eux. C'est ma faute. Mais les mots ne sortent pas, l'humanité ne se montre plus. Même les larmes auparavant si abondantes se sont asséchées. Il n'y a plus qu'un monstre aux yeux de cet homme. La noirceur qui a percé sa coquille immaculée. Et pourtant je suis terrifié.

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violentes banalités - Mer 3 Avr - 21:43


Insane, inside, the violence gets me high
Arad a l’impression d’avoir le souffle coupé, poids sur sa poitrine alors qu’il est témoin de la scène la plus macabre qu’il n’ait jamais vu. Le dealer est allongé sur le sol, sanguinolent teintant le bitume de cette couleur pourpre … L’homme rappelle ses chiens, les défend alors qu’ils sont coupables d’un crime qui dépasse l’entendement. Il n’est pas tout à fait là, semble perdu face à une situation qui a visiblement dérapé. S’il ne venait pas d’assister à la scène, il le penserait inoffensif.

Il repense aux mots du capitaine, fronce les sourcils alors qu’il rengaine son arme, stoppant son approche face à l’attitude défensive de son intermédiaire, qui dégueule sur le trottoir. La bile est aussi balayée par la pluie, et Arad s’abaisse à son niveau, comme s’il s’approchait d’un animal blessé. Sa main reste cependant sur son étui, peu confiant. Les chiens pourraient revenir, cachés dans les ruelles sombres, guettant un autre appel de leur maître, un signe avant de planter leurs crocs dans leur proie.

Il observe l’homme en face de lui. Junkie, sans doute délirant à cause de drogues quelconques, se prenant pour un animal alors qu’il crache son dîner à quatre pattes, trempé jusqu’à l’os. Arad aurait presque pitié de lui. Puis il jette un oeil au corps inanimé de l’agresseur et sa gorge se resserre, peur primitive qui se saisie de ses entrailles, lui donne envie de tourner le dos à l’autre et courir, fuir la scène et le danger. Il ne bouge pourtant pas, statue devant le spectacle qui se déroule devant ses yeux. Il a l’habitude de s’occuper des addicts; ce sont eux qui peuplent les prisons, honteux de leur état mais leurs corps réclamant toujours plus, cercle vicieux qu’Arad ne connait que trop bien. Il se souvient de sa soeur, des bleus au creux de son coude laissés par les aiguilles. Il se souvient de son sevrage, des mots insensés qu’elle balbutiait, le suppliant de la laisser sortir de la salle de bain pour qu’elle puisse s’injecter une autre dose de poison. C’était une époque où les mots semblaient venir naturellement. Maintenant il se retrouve à court de paroles, le bruit de la pluie remplissant les silences.

L’homme est redevenu silencieux, toujours à genoux sur le sol. Il est difficile de distinguer les larmes parmi les gouttes, mais il remarque le changement d’attitude, comme une aura malicieuse. Il se redresse et la peur le saisit au ventre. L’arme est agrippée, mais il ne vise pas l’homme, garde simplement le canon pointé vers le sol tandis qu’il recule lentement. Il a besoin d’appeler une ambulance, autant pour l’un que pour l’autre. Son interlocuteur n’est visiblement pas dans son état normal, et régler le problème avec une balle dans le genoux, comme il s’amuse à le faire si souvent, ne semble pas être une solution valable. Il a presque pitié de l’homme, touché par sa détresse, ses suppliques balbutiée, non pas pour lui mais pour les chiens qui ont maintenant déguerpis depuis quelques minutes. Il prend la parole, mots criés pour couvrir le son de la pluie frappant le béton avec violence.

« Je vais devoir t’emmener, ne fais pas d’histoire et tout se passera bien. »

Ce n’est pas une menace, ni une promesse. Quelques mots en l’air, apparence réassurante quand ils ne sont que mensonges. Il n’est pas en charge de ce qui arrivera de l’homme, ni même de ce qui arrivera du suspect, si le sang n’a pas déserté son corps d’ici là. Il n’a qu’à lui enfiler les menottes et s’assurer que chacun arrive à destination: l’un à l’hôpital, l’autre au commissariat pour interrogation.

« Je dois appeler une ambulance pour l’homme que tu as- pour le blessé. »

Il hésite à lui rappeler ses crimes, la réaction de l’autre ayant été assez indicative de ce qu’il pense de ses propres actes. Lentement, il se rapproche, prudent. Quelque chose de dangereux se dégage de l’homme, quelque chose que Arad ne peut pas expliquer avec des mots. Son instinct lui crie juste de tourner le dos, d’ignorer la scène et de partir. De laisser le dealer se vider de son sang. Mais le poids de son badge pèse sur sa poitrine, et ce reste de décence lui donne envie de vomir à l’idée d’abandonner les lieux.

« Je vais m’approcher pour te mettre les menottes d'abord. »

Actes expliqués pour que les gestes ne soient pas mal interprétés. Il suffit d’un acte pour briser cette tension qui s’est installée, un acte pour que les choses dérapent.

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violentes banalités - Jeu 4 Avr - 0:09


Blood stains, speed kills, fast cars, cheap thrills
Cela ne devait pas impacter les autres. Cela ne pouvait pas se produire. Je devais être le seul à souffrir; perdu dans les méandres colorés des motifs lumineux, bercé trop près du mur par les murmures qui n'existent que dans mon crâne. Même eux se sont tû, comme s'ils n'avaient rien à ajouter pour une fois, aucun commentaire désobligeant ou conseil invasif. Comme si tout à coup j'avais dépassé leurs attentes, excédé leurs espoirs destructeurs. Même la voix de Hollow m'a déserté, pourtant d'ordinaire si prompte à m'enfoncer. Alors c'est le silence total, une chape de marbre pour une tombe six pieds sous terre. Le silence. Je l'ai tellement désiré et maintenant il me terrifie, parce qu'il n'y a plus aucune distraction. Plus de circonstances atténuantes pour ne pas réfléchir vraiment. Ressentir vraiment. Vivre. Juste les faits, implacables : je viens peut être de tuer quelqu'un. J'ai perdu le contrôle, reconnu cette sensation sans même chercher à l'enrayer. Elle était si étrange au début, maintenant si familière, cette connexion. Je me suis laissé happer par ce que je me refusais, j'ai faillis à cette promesse. Trop instable, à peine capable de me gérer et je pensais pouvoir protéger les autres. Les protéger de moi-même, de cette noirceur que je refuse de voir mais qui exulte de plus en plus chaque pore, chaque recoin de mon esprit. Quel imbécile, quelle vaste blague. Et maintenant je paie le prix de ces erreurs, et surtout l'homme qui continue à se vider de son sang. Je suis perdu, complètement paumé. Les mots rassurants de Lise sont bien loin, le soutiens et la tendresse de Delilah aussi. L'envie de me battre m'a déserté, il n'y a plus que la culpabilité et la douleur pour contraster avec cette animalité qui a prit possession de mon corps. Comme si le lien laissait des traces, comme si la contrepartie me faisait perdre un petit peu de mon humanité. C'est mon âme qui s'est délitée, brisée en mille morceaux sur le sol, noyée par la pluie. Je la remarque enfin d'ailleurs, cette soupe poisseuse qui goutte son torrent sur mon visage, emportant saleté et sang coagulé. Je ferme les yeux un instant. Je donnerai tout pour renaître de ces eaux; baptisé à la crasse citadine. J'en serais déjà moins souillé que ce que je ressens maintenant.

Le dégoût qui me saisit la poitrine est plus difficile à supporter que la douleur aiguë de mon nez probablement cassé. Le goût de fer dans la bouche, les lèvres retroussées avec la méfiance toujours de ces crocs que je n'ai pas. L'homme a ressorti son arme face à cette attitude. Je peux lire la peur dans ses gestes et j'en sombre un peu plus. Qu'est ce que je suis à ses yeux ? Qu'est ce que je serais aux yeux de ceux qui comptent ? Comment vais-je réussir à me regarder dans le miroir après tout ça ? Les mains toujours tendues en avant pour recevoir les entraves méritées. Je doute que cela suffise. Rien ne peut suffire contre ce chaos qui me sert de cerveau. Si je pouvais identifier ce qui cloche chez moi, la tumeur, alors je n'aurais aucune crainte de sacrifier cette part et d'en finir. Mes phalanges tremblent en l'air, malgré la pluie j'ai l'impression de les avoir trempées dans le carmin. Oui ce n'est pas la faute des chiens, j'ai fais tout le sale boulot. Je suis presque soulagé que Cujo ne soit pas avec moi, je n’aurais pas supporté lui avoir infligé cela. Cette pensée égoïste m'arrache un nouveau hoquet, me forçant à évacuer un crachat rosé sur le côté d'un grognement.

L'homme s'approche doucement, comme si ces mâchoires impitoyables étaient les miennes. Comme si j'étais une menace de tous les instants à ne pas sous estimer. Comme si j'étais capable de le déchiqueter. Je le suis. Je finis par lever le visage, essayer de distinguer les traits. Comprendre, être rassuré, peut être m'accaparer une lueur de pitié qui me confirmerait que je ne suis pas entièrement… Entièrement quoi ? Un monstre ? Je baisse le visage vers le sol, les mains toujours en l'air ouvertes en offrande, un esclave attendant le châtiment de son maître. Mais je suis mon pire bourreau après tout. J'aimerai lui expliquer, me défendre. Cet espoir, ce foutu espoir empoisonné. Je continue de croire que je suis une bonne personne. J'avais fini par croire que j'étais plus fort que tout cela, capable du meilleur avant le pire. Je sens le contact froid du métal autour de mes poignets, le cliquetis à peine audible des menottes qui se resserrent. Des mots. Il me faut des mots. J'ai besoin de prouver que je suis humain, qu'il y a encore quelque chose à sauver. Enferme moi à double tour et jette la clé. Le langage est toujours un gargouillis dans ma gorge, un grondement de menace comme un loup prêt à hurler à la mort. Mon cœur bats trop vite, à mesure que celui du blessé s'éteint sûrement. Il faut appeler une ambulance. Pourquoi cet homme ne fait rien ? Et pourquoi est ce que je suis si impuissant ? Si Clemens était là, si Clemens pouvait me bousculer, me dire d'arrêter ces conneries. Il pourrait le sauver lui, mettre ses mains sur son corps et réparer les chairs. Il pourrait le sauver. Moi je ne peux que détruire.

Je sens la proximité des doigts de l'homme, mes phalanges se tendent sans prévenir pour les attraper. Contact instinctif, tâtonnement maladroit. Je finis par rencontrer le métal de son arme, mes mains arrondissant faiblement leur prise sur les siennes. Je tire sur ses poignets jusqu'à sentir le contact incongru du canon de l'arme sur mon crâne. J'ouvre et ferme la bouche comme un poisson hors de l’eau, cherchant à produire les mots qui me brûlent de l'intérieur. Je lève les yeux pour oser le regarder. «… plus… humain… » Que je parviens à extraire d'un grognement plus faible. Je ne suis plus humain. Mes ongles se plantent dans la chair de l'homme que je force à me tenir en joue. Je ferme les yeux et finit par le lâcher, mes mains menottées tombant lourdement. Je suis prêt à abandonner, je ne peux pas faire face à ce que je suis devenu. Car une chose est certaine au fond de moi, je ne suis plus humain depuis bien longtemps déjà. Tu es Arawn dit la voix. Bang bang. Trop tard pour l'écouter.
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violentes banalités - Jeu 4 Avr - 12:17


Insane, inside, the violence gets me high
L’homme est conciliant, soumis face à l’autorité du badge. Il a l’air terrifié. Terrifié de la situation, terrifié par ses propres actes. Arad s’approche doucement, se saisit de ses poignets comme si l’autre était en cristal. Apparence fragile qui déguise une terrible sauvagerie. Il ne sait plus quoi penser. Lui aussi a peur, les évènements illogiques sous n’importe quel angle. Les chiens ont disparus mais il a toujours l’impression d’entendre leurs grognements, le bruit des os sous la pression de leurs crocs, obéissants et pourtant coupables d’un acte qui semble involontaire. Arad veut lui dire que tout ira bien, que rien ne lui arrivera, même si ce ne sont que des mensonges. Même son coeur endurci saute un battement quand l’arme est guidée pour reposer sur le front du faux coupable.

Réaction violente qui le fait reculer sous le choc, arme tirée puis rengainée aussitôt. La situation est plus désespérée qu’il ne le pensait- Doucement, il attrape le bras du jeune homme, trempé et tremblant, et le guide, le remet sur pieds pour que ce lourd sentiment de pitié cesse enfin. Il ne supporte plus la vue du junkie à terre, genoux abimés par le bitume. Il est beaucoup plus grand, soulève l’homme sans grande difficulté. Son suspect est misérable. Pathétique, même. Assez pour heurter les convictions d’Arad, annihiler sa détermination et son cynisme. Il presse une main sur la nuque du plus jeune. Il est gelé, pluie impardonnable alors qu’elle s’écrase à grosse gouttes et imbibe les vêtements.

« On va te mettre à l’abri. Puis tu pourras m’expliquer. »

Quelques mots balbutiés qu’il ne comprend pas. « Pas humain » ? Qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire ? Arad n’est pas philosophe, actes souvent plus rapides que ses pensées qui pourtant fusent à ce moment même. Il s’inquiète, coeur frappant ses côtes avec une ardeur impressionnante. Actes dépêchés, paranoïaque, yeux distraits par les mouvements qu’il imagine dans les ruelles, ombres à quatre pattes venues lui saisir la gorge pour en finir une bonne fois pour toute. Il guide son suspect jusqu’à la voiture, l’installe à l’arrière. Il n’ose plus toucher à son arme, la vision de l’autre ne cherchant qu’à être abattu gravée dans son esprit. Arad a déjà tué, mais cibler un suspect agressif est différent de tuer à bout portant, victime volontaire, sans doute suicidaire. Il n’est pas prêt d’exaucer ce voeu, ni n’alléger ce fardeau qui est maintenant sur ses épaules.

Il hésite, fixe la radio comme si elle pouvait le trahir à tout moment. Elle est à portée de main, branchée à la voiture, n’attendant que son appel au secours. Il n’en fait rien. Son rapport sera parsemé de mensonges, faute grave qu’il n’a pas pour habitude de commettre. Il s’installe dans le siège conducteur, se saisit du talkie walkie et le porte à ses lèvres.

« Voiture 523, j’aurai besoin d’une ambulance en urgence sur ma position. Homme d’âge moyen victime de chiens sauvages. Multiples blessures. »

Un silence, puis la machine lui répond, voix grisaillée par les ondes.

« Bien reçu voiture 523, on vous envoie une ambulance en urgence. »

Il raccroche. Pause. Il n’a pas mentionné le suspect à l’arrière de sa voiture. Regard jeté dans le rétroviseur, gardant un oeil sur l’homme, comme si sa folie pouvait soudainement l’emmener à se jeter sur Arad.

« Ces chiens … Ils étaient à toi? »

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violentes banalités - Jeu 4 Avr - 23:11


Blood stains, speed kills, fast cars, cheap thrills
Je n'ai jamais voulu en finir. L'auto destruction récréative, toujours contrôlée par une envie de rester dans une certaine norme. Une certaine zone de confort. Le besoin immature de jouer avec le feu sans trop se brûler; comme une plaie que l'on ne peut s'empêcher de toucher. Impossible à cicatriser, pourtant une blessure banale. Une araignée au plafond qui tisse lentement sa toile; négligée un soir, puis un matin ses fils deviennent ceux conducteurs d'automatismes dangereux. Et sans le savoir le feu de forêt à prit en un instant. Parce que le bois de mon cœur était trop sec, négligé d'amour propre, combustible à passions stériles. Trop affaibli par mes peurs, ou plutôt, l'ombre menaçante de leur réalisation. Alors j'en ai oublié comment vivre sans survivre. J'ai omis d'avancer sans reculer de plus belle. Plusieurs mois déjà que les choses ont changées, que j'ai changé. Et pourtant j'ai fais semblant d'accepter que plus rien ne serait comme avant. J'ai prétendu que j'allais bien, que toutes ces nouveautés n'était rien, la banalité d'une nouvelle réalité. J'ai sous estimée la menace, ma menace. Je n'ai pas cherché à en savoir plus, pas vraiment écouté ces voix dans ma tête où ce nouvel instinct étrange. Est-ce que j'aurais pu éviter l'incident de ce soir si je les avais assimilés complètement ? Si je m'étais intéressé à cette nature différente que semble maintenant être la mienne, est-ce que cet homme aurait eu la malchance de croiser ma route ? Probablement pas. Mais je ne suis qu'un lâche, je préfère reculer bras ouverts vers la falaise plutôt que de refaire l'horizon avec des  « et si ». Et si j'avais vraiment voulu en finir depuis le début, est-ce que j'aurais eu la force ? Est-ce que mon nom aurait été rayé de la liste plus tôt des menaces douces amères ? Je ne suis qu'un lâche qui tourne en rond, un ouroboros pusillanime, un clébard qui se mord la queue.

Pitoyable aux yeux de cet inconnu dont j'ai attrapé l'arme. Le canon glacé bref sur mon front, réaction instantanée de recul face à ma demande radicale. J'ai peut être raison, il a peut être tort. Qui sait ce dont je suis capable alors que toutes les digues semblent avoir cédé. Je pourrais l'emporter dans ce flot d'anomalies, moi même je n'ai pas pied dans cet océan de confusion. On veut toujours éradiquer ce que l'on ne peut comprendre. Je l'ai vu dans son regard, étrange mélange de peur et de surprise. Je lui ai laissé le droit de choisir à ma place comme j'ai moi même rejeté l'impossible par le passé. La mort me semblait la meilleure échappatoire, le risque zéro de récidive, de blesser quelqu'un d'autre. Il a peut être raison, j'ai peut être tort. Au lieu de cela il m'arrache du sol par le poignet, à la fois ferme et cautionneux. J'échappe un hoquet de surprise, jambes branlantes, le souffle toujours erratique. Même si je ne suis pas bien plus petit que lui, je suis instantanément intimidé par l'homme et sa stature. A la fois dur et rassurant. Je sursaute lorsqu'il pose sa main sur ma nuque, d'ordinaire j'aurais violemment rejeté le contact. Mais à cet instant, la présence d'un autre être vivant m'arrache quelques larmes de plus, gouttes salées anonymes sous la pluie.

Marcher en titubant jusqu'à la voiture, la poigne de l'homme toujours sur mon épaule. Je me laisse manipuler, installer à l'arrière sans sommation. Je suis épuisé, récupérant peu à peu mes facultés à mesure que le silence s'éternise. Lorsque la portière claque mes doigts se crispent sur la housse du siège, mouvement erratique vers l'avant. Et le blessé ? Il ne faut pas le laisser là. On ne peut pas le laisser là. Il faut faire quelque chose. Une ambulance. Le mettre en position de sécurité, le protéger de la pluie. Mes mains glissent sur la poignée, à peine la force de commencer à l'actionner avant de comprendre qu'elle est verrouillée. La seconde portière claque, l'homme s'installe au volant et se saisit de quelque chose sur le tableau de bord. Une radio. Mes muscles finissent par se détendre, lâchant la portière pour me renfoncer dans le siège. J'écoute les mots choisi pour l'appel à l'aide. Il n'a pas fait mention de moi. Et les chiens, il les a appelé sauvages. Mais c'est moi l'animal. C'est ma faute. Tout est de ma faute. Je ferme les yeux, j'essaie de renouer le contact, leur ordonner de fuir, le plus loin possible. Mais il n'y a que le silence, le lien rompu. Ils sont déjà loin. Je ne veux pas qu'ils meurent. Je ne veux pas que l'homme blessé ne meurt. Je n'ai rien voulu de tout cela. Pourtant tout est de ma faute.

Je lève mes mains liées pour en frotter le dessus contre mon visage. J'essaie d'enrayer mes larmes intempestives contre la manche de mon pull, retrouver mes tripes pour faire face à ce regard dans le rétroviseur. Mon courage est tenté de se dérober mais je tiens bon. « Personne… puis… à moi. » Que je parviens à articuler d'une voix faible, détournant aussitôt le regard vers la vitre battue par la pluie. « Puis… à personne. C'est pas leur faute. » De longue inspirations entre chaque phrase, les mots me reviennent avec difficultés. « C'est… la mienne. » Je ferme les yeux, mon front venant se cogner contre le verre. « Il va s'en sortir ? » Que je demande après un certain temps, sachant très bien qu'il n'a pas la réponse. Personne ne l'a. « Tu… aurais dû… » Le reste des mots se meurt sur mes lèvres. Tu aurais dû tirer. Qui sait les possibilités terrifiantes qui se cachent au fond de moi maintenant… maintenant que je suis certain de ne plus être humain. « Je suis un monstre… » Murmure amer, plus pour moi même qu'à son intention. J'enserre mon corps endolori de mes bras, contact rassurant. « Merci… » Paradoxe incongru, paroles contradictoires. Merci de ne pas avoir tiré. Les cordes vocales qui tremblent alors que mon regard ose enfin croiser le sien dans le rétroviseur. Je n'ai jamais voulu en finir vraiment, je veux juste que la douleur cesse.
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violentes banalités - Ven 5 Avr - 22:25


Insane, inside, the violence gets me high
Le suspect se laisse guider, épave tremblante entre ses doigts. Arad ne sait plus quoi penser de l’homme qui s’assied sagement à l’arrière de sa voiture. Après son appel radio, le silence règne dans le véhicule, seulement interrompu par quelques balbutiements, questions abrégées, comme si l’autre avait oublié la parole. Il fixe la forme étendue sur le sol. Il devrait probablement la protéger de la pluie, presser sur ses plaies sanguinolentes, mais il se fiche un peu du sort d’un  pauvre dealer. Il est beaucoup plus intéressé par son suspect. Une grille les sépare, et la sécurité  est rassurante. Il est comme un chien en cage: Pathétique, triste, mais toujours dangereux.  L’analogie le ferait presque rire s’il n’avait pas été témoin de l’attaque violente d’une meute enragée. Il se retourne pour regarder l’homme droit dans les yeux, évaluer son état; s’assurer qu’il n’a pas été confondu par les chiens et mordu.

Il ne comprend pas vraiment ce qu’il veut dire concernant l’appartenance des chiens. La question était pourtant simple, mais tout ce qu’il récolte sont des charades pour lesquelles il n’a aucune patience. Il s’apprête à exiger des explications, mais l’autre est plus rapide, et reprend la parole. La question porte cette fois sur le criminel allongé dehors, pluie battante sur son corps inerte. Il hausse les épaules.

« J’sais pas. Sans doute, avec quelques cicatrices en plus. Tes chiens l’ont bien abîmé. »

Il jette un oeil dehors, puis fixe de nouveau le reflet de l’homme dans son rétroviseur. Il ne sait pas pourquoi il ne l’a pas mentionné lors de son appel à la centrale. Quelque chose dans son regard, innocence abimée par ses propres actes. Peut-être qu’Arad est sensible à ses grands yeux larmoyants. Peut-être qu’il croit à cette comédie, qu’il s’est fait happé par les tremblements et les balbutiements inquiets. Il sympathise un peu avec cet inconnu, agressé et ayant eu à se protéger par tous les moyens. Il ne peut pas vraiment lui en vouloir- Lui-même ayant assisté à la scène, il ne peut que témoigner de l’acte de défense.

Un autre murmure attire son attention. « Tu aurais dû… » Aurait dû quoi? L’abattre comme un chien malade? Lui tirer dessus à bout portant sans réfléchir? L’idée même lui retourne l’estomac. Arad est un tueur, le sang lui ayant déjà teinté les doigts depuis longtemps, mais il n’est pas ce genre de meurtrier. Il n’abuse pas des faibles sans raison, et si sa cruauté se fait parfois ressentir, c’est souvent pour effacer les sourires narquois des criminels qu’il arrête. Il aime remuer le couteau dans la plaie quand il fait affaire à ces personnes là, appuyer où ça fait mal. Mais quand il regarde dans le rétroviseur, il ne voit qu’un homme effrayé.

« J’aurais dû quoi? Tirer? T’imagine pas la paperasse si je t’avais exécuté de cette manière. »

Il pause. L’atmosphère est lourde, pleine de sous-entendus, référence à une mort misérable qui lui aurait pourri la conscience. Une execution, ça aurait été le mot si son doigt avait pressé la gâchette. Ou aurait-ce été ce que les gens appellent un « suicide assisté »? Il ne veut rien avoir à faire à avec ces mentions. Il ignore les remerciements. Ignore les insultes de l’homme envers lui-même. A la place, il s’adosse au siège et soupire.

« C’est quoi ton nom? »

Il ferme les yeux et attend une réponse, attend l’ambulance qui se fait déjà entendre au coin de la rue. Il ne veut pas voir les phares rouges et bleus refléter sur les flaques et baigner les alentours de leur lumière.  Elle se gare devant sa voiture, et immédiatement les ambulanciers s’attellent à sauver le criminel qui est allongé dehors. Ils sont ignorés pour le moment, mais Arad pense déjà au rapport qu’il va leur remettre. Va t-il mentionner la personne responsable, dénoncer le cabot aux airs de chien battu qui est assis, trempé à l’arrière de sa voiture?

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violentes banalités - Sam 6 Avr - 0:05


Blood stains, speed kills, fast cars, cheap thrills
Il y a du sang sous mes ongles, le reflet déformé de mon visage sur la vitre. Traînées diluviennes, tableau impressionniste coloré par les lumières erratiques de la ville. J'ai l'air d'un spectre, blafard dans son cadre aqueux. Flou artistique d'une folie critique. Et les orbes bleues, fourmillement de ma vision instable, dansent autour de moi comme des feu follets. L'arrière de la voiture banalisée a dû voir bien des cas, alors peut être que j'ai ma place ici. La housse du siège abîmée, des éclats anguleux agressifs dans le plastique de la porte. Et puis il y a la grille qui nous sépare, cette cage à l'intérieur de laquelle j'ai accepté d'être enfermé. C'est moi l'animal sauvage, le mal en manque de dressage. Maintenant que les mots me reviennent pourtant et que je recommence à sentir la faiblesse de ma psychose c'est mon humanité, ma fragilité qui me revient en pleine figure. Parce qu'il n'a pas tiré. Parce qu'il n'a pas jugé que j'étais une menace suffisante pour prendre le risque de souiller son âme d'une justice creuse. Il n'a pas eu le courage de le faire parce que quelque chose en moi l'en a empêché, cette vulnérabilité perdue de simple mortel que seul lui semble voir. Il se justifie par des histoires de paperasse, faussement cynique alors que cela ne fait que renforcer sa droiture. Il n'a pas abattu un homme à terre, même avec ce qu'il a vu. Pourtant je ne peux m'empêcher de penser qu'il était peut être là depuis le début, observant la scène sans rien faire. Il aurait pu m'arrêter bien avant que la situation ne tourne au drame. Il aurait pu nous sauver l'un et l'autre. Personne n'est là pour te sauver, il faut se salir les mains si tu veux survivre. Hollow est une balle sifflante à mes oreilles, une grimace que sa voix peint sur mon visage. Ils sont de retour avec les mots, parce que c'est tout ce qu'il sont, de simples palabres dans mon esprit.

Le regard de l'homme au travers des barreaux est une sensation étrange. Obnubilant et pourtant il réveille chez moi une pudeur sans pareille qui me donne envie de me dérober sous le siège. Je m'empresse de sécher une énième fois mes larmes, ramasser les morceaux de ma masculinité brisée entre mes phalanges. J'ose toucher du bout des doigts mon nez enflé, dessinant la courbe anormalement tordue de l'arête de chair. Un léger gémissement incontrôlable qui perce le lourd silence. Il veut un nom, savoir comment m'appeler. Je ne suis pas certain de vouloir révéler cette information. Même si je l'ai remercié de m'avoir épargné et à la fois l'ai supplié d'en finir; je ne suis pas certain des intentions de l'homme. Sa douceur, sa minutie à m'arracher du sol alors qu'il aurait pu me plaquer contre le bitume et m'attacher les mains derrière le dos. Est-ce faire obstruction que de ne pas vouloir lui révéler mon nom ? Suis-je vraiment accusé d'un crime, l'ayant pourtant commis ? Il ne m'a pas cité mes droits, n'a pas mentionné de suspect sur sa radio. Maintenant que mon corps et mon cerveau recouvrent petit à petit leurs facultés, la somme de tous ces détails commence à s'ajouter. Il a peur de toi, mais surtout il est aussi surprit de ce qu'il s'est passé. La voix féminine pointe l'évidence et je siffle un bref  « Je sais » entre mes dents à sa présence inexistante. Je lui ai expliqué pourtant, le fonctionnement de cet étrange pouvoir. Il n’a rien dit et s'est contenté de soupirer. Il continue de les appeler miens, mais ces chiens ne sont pas ma propriété, ils ne l'ont jamais été si ce n'est pour quelques instants. Ils répondent à l'appel de leur maître absolu, l'appel de la chasse sauvage. Ajoute une autre voix, mais déjà je ne les écoute plus.

Je m'avance sur le siège, mes doigts se glissant entre les croisillons de la grille pour la saisir. J'approche mon visage des barreaux, cherchant son regard. Les mots peine à sortir de mes lèvres sèches, un comble avec toute cette pluie. Je regarde les lumières de l'ambulance danser sur le visage de l'homme. « Comment… » Que je babille non sans déglutir avec peine. « Comment est-ce que tu reconnais les criminels… Les monstres… » Le tutoiement est venu naturellement, comme celui d’un enfant aux questions existentiellement sottes. « Comment tu reconnais les monstres des innocents ? » Une inspiration à pleins poumons, le langage m'a enfin retrouvé. Mon humanité. Mon regard se perd sur le brancard qui disparaît entre les portes de l'ambulance avant de se poser sur l’homme. « Comment fais-tu pour être sûr ? » Après tout il n'avait aucun moyen de me juger en l'espace de quelques minutes. Et certainement pas de manière neutre après ce qu'il venait de voir. Et pourtant il restait là, apathique et las. Son siège aux relents de fast food, les cadavres de frites et de mégots qui jonchent le sol. Mon dos retrouve de nouveau le dossier, ne le quittant pourtant pas du regard grâce au rétroviseur. Les vrais monstres se cachent dans les enveloppes les plus trompeuses. Pour une fois je suis d'accord avec la voix intempestive. Je lève mes mains menottées à hauteur de mon visage, paumes ouvertes vers le toit, finissant par fermer les yeux. Plus je l'utilise et plus le lien devient rapide, efficace. Pour peu qu'une bête soit à portée d'appel. Tu es un monstre Maldwyn, un sacré bordel. Montre-lui, apprend-lui, qu'un jour peut être il regrettera sa paperasse. « La ferme Hollow. » Que je grogne à voix haute au murmure insidieux, perdu dans ma concentration. Lorsque je rouvre les yeux, l'ambulance à démarrée au son des sirènes et des hurlements à la mort des chiens du quartier que j'ai provoqués. « Araw… » Je suis Arawn. Je fronce les sourcils en me reprenant. « Maldwyn. » Mes poings se ferment sur mes genoux, le visage qui suit le mouvement par le bas. Épuisé, instable et apeuré, je veux juste rentrer chez moi. « Maldwyn Jones. » Que je finis par révéler, toujours indécis sur la confiance à accorder à cet inconnu. Mais s'il n'est pas une bonne personne, et si je n'en suis pas une non plus, alors il aura toutes les raisons de tirer la prochaine fois.

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violentes banalités - Dim 7 Avr - 16:55


Insane, inside, the violence gets me high
L’autre est sans doute défoncé. Il n’y a rien d’autre qui expliquerait les balbutiements, les hésitations, les murmures d’un ennemi qu’Arad ne peut pas voir. Voilà la raison de sa présence dans le quartier. Peut-être est-ce un coupable qu’il retient dans sa voiture, et non pas une victime. Il hésite. Les pensées fusent. Il ne sait pas quoi faire de l’homme assis derrière lui. Il pourrait le relâcher, risquer une récidive, découvrir une autre victime dans quelques semaines et regretter de lui avoir retiré les menottes. Ou il pourrait démarrer la voiture, le dénoncer et l’envoyer directement à la case prison. Le témoignage d’un flic, aussi ridicule puisse t-il paraître, reste quelque chose de prisé dans une cour martiale. « Comment tu reconnais les monstres des innocents ? » La question le surprend et interrompt ses pensées. Il lève les yeux pour croiser le regard du suspect dans le reflet du rétroviseur. Comment fait-il? Il ne le sait pas lui-même. L’instinct, il a envie de répondre, mais son instinct l’a guidé dans la mauvaise direction plus d’une fois. La véritable réponse est qu’il ne sait pas lui-même. La plupart du temps, il parvient à lire les autres, reconnaître un tueur ou un voleur d’un citoyen innocent; Quelque chose de sombre dans leurs yeux, une impression qu’ils ne regrettent rien, ni leurs actes ni leurs crimes.

Il hausse les épaules une nouvelle fois, acculé par la question un peu brusque. Il est sur la défensive, un peu agressif quand il crache un semblant de réponse qui ne le satisfait pas.

« J’suis flic, c’est mon métier. »

Bien sûr que non. La chose ne vient pas avec le boulot, elle vient avec le temps. A force de croiser tous ces criminels, à force de côtoyer des assassins et des violeurs, on parvient à deviner ce qu’ils pensent. Un coup d’oeil terrifiant de l’autre côté du rideau, où d’horribles choses se déroulent en coulisse.

Il se demande s’il a tord. Si l’homme n’est pas l’un de ces malades qui parviennent si bien à imiter les émotions humaines, mimiques d’un monstre affamé. Il se demande s’il ne ferait pas mieux de quitter la voiture pour aider les pompiers, expliquer les circonstances, le contexte, le pourquoi du comment. Décrire en détails la scène dont il a été témoin; ces chiens sauvages se jetant sur le dealer pour le mettre à terre et lui faire goûter de leur sauvagerie. Araw, Maldwin Jones- L’autre semble avoir une multitude de surnoms. Il se demande s’il y en a une de vrai parmi toutes ces identités.

« Okay ‘Araw Maldwin Jones’, peu importe ton vrai nom. Je peux t’emmener au poste, expliquer tant bien que mal ce qu’il s’est passé, dire que ces chiens t’obéissaient … Ou on peut en parler ici. Mais avant ça … »

Il racle sa gorge, allume les lumières de sa voiture pour éclairer son visage, et plaque une fausse grimace inquiète sur son visage. Acte répété encore et encore, faux semblant de compassion alors qu’un pompier s’approche pour le saluer. Il baisse la vitre de la voiture, pluie s’infiltrant à l’intérieur pour s’ajouter au bordel de frites et de mégots. Le pompier lui jette un regard qui en dit long sur ce qu’il pense de la police d’Arcadia.

« Vous avez vu ce qu’il s’est passé ? Votre gars est bien abîmé, il devait y avoir au moins une dizaine de ces cabots. »

Arad hésite une dernière fois. Il pourrait dire la vérité et dénoncer le suspect, ou le jeter aux loups à son tour. Les yeux larmoyants de Jones lui font prendre sa décision, et il secoue la tête. Il préfère garder cette expérience étrange pour lui-même, comme s’il avait été témoin de quelque chose d’incroyable, de secret. Il est lui-même toujours un peu confus sur ce qu’il vient de se passer. Il ne réalise pas la mysticité de la scène.

« Nan, mon arrivée a fait fuir les chiens. J’étais en train de ramener un tagueur à la station, mais je crois que la leçon est passée. J’vais le laisser repartir avec une amende. »

Il désigne Maldwin d’un geste vague, son apparence misérable parlant pour elle-même. Le pompier hoche la tête et lui lance un regard compatissant; Il semble s’être mis dans tous ses états pour une histoire de tags. Arad a presque envie de sourire à son mensonge si évident. A la place il prend un air moralisateur, comme s’il était en droit de faire la leçon à quelqu’un comme Maldwin. Ils ont à peu près le même âge, deux parcours très différents- Un vécu plus prononcé du côté du plus jeune, lisible sur ses traits tirés. Le pompier tape deux fois sur le toit de la voiture en guise de remerciement et Arad démarre la voiture.

« Tenez-moi au courant de l’état de la victime. Bon courage. »

Il ferme la vitre à ces mots et conduit loin de la scène et des lumières rouges et bleues. Bientôt, la sirène du camion n’est qu’un souvenir lointain, et il se retrouve de nouveau seul avec son suspect.

« Alors? T’as pris une décision? »

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violentes banalités - Lun 8 Avr - 19:31


Blood stains, speed kills, fast cars, cheap thrills
Je veux exorciser cette violence en moi. Je veux comprendre comment fonctionnent ces méandres pourris, la décomposition du bien. Je veux savoir ce que cela fait de chasser des monstres pour pouvoir expulser celui hors de moi. Je veux qu'il m'apprenne à discerner ce dilemme manichéen quand je ne suis capable de voir qu'en teintes de gris. Il est la personnification de la loi, la main de la justice. Il est le seul à pouvoir décider que faire de ma personne et je m'en remets à lui malgré la peur qui me retourne l'estomac. L'envie d'être emmené au poste pour ne plus jamais en sortir mais à la fois des relents de sauvagerie qui me donnent envie de clamer ma liberté de force. Je ne sais pas ce qu'il va advenir maintenant qu'il ne m'a pas laissé l'issue facile. Maintenant qu'il n'a pas tiré et qu'il n'y a plus que les conséquences à assumer. Je suis fou de me raccrocher à ce stupide espoir, croire qu'il y a encore quelque chose à sauver en moi et le remercier de m'avoir épargné. Il dit qu'il est flic et que c'est son métier, mais ce n'est pas une réponse. Ou peut être que le jugement ne s'apprend pas. Pas vraiment. Et qu'il n'est que véhicule d'incertitudes, innocent jusqu'à preuve du contraire. Il l'a vu pourtant, la manière dont j'ai si facilement défendu ma vie, le self-defense des extrêmes. Peut être que ma question était incorrecte. J'aurais dû lui demander s'il savait jusqu'où peut-on aller pour perdre son humanité lorsque l'on n'est déjà pas humain. Ce n’est pas la ligne entre les deux, mais choisir la bonne porte à fermer pour contenir ce choix à jamais.

Je n'ai pas le temps de réfléchir à l'ultimatum qu'il me pose, m'éloignant instinctivement de la grille lorsque l'homme baisse sa fenêtre pour converser avec un ambulancier. Mon regard se perd une nouvelle fois vers le véhicule. Je frémis à la description de l'homme, repensant aux chiens qui avaient répondu à l'appel. Je me croyais uniquement capable de contrôler Cujo. J'avais remarqué l'attirance incessante des bêtes sur mon passage, la docilité avec laquelle même les chiens inconnus s'approchaient. Mais je n'aurais pas cru être capable de contenir autant d'individus. Comment tout ceci est-il même possible ? Il doit bien y avoir une explication à cela. Je grimace au mensonge du flic à mon égard. Un vandal récidiviste, l'intitulé me fait fuir le regard de l'ambulancier curieux. Pourquoi mentir ? Pourquoi me protéger ? Comment fait-il pour décider que je le mérite ? Non, il n'a pas décidé, c'est à moi de lui donner raison. Il s'attend à ce que je lui rende la monnaie de ce prêt de confiance qu'il a forcé sur moi. Je ne sais pas si j'en suis digne, si je suis un monstre ou un innocent. Alors je ne peux que lui expliquer depuis le début.

Mon regard se lève doucement vers l'inconnu lorsque qu'il se retourne dans son siège. La disparition de l'ambulance a plongé la voiture dans plus d'obscurité et je peine à détailler son visage. J'aimerai y lire une piste, quoi que ce soit. Me rassurer dans le fond de ses yeux. Je déglutis avec peine, touchant une nouvelle fois du bout des doigts mon nez abîmé. Il a écorché mon prénom mais cela m'est égal, je ne suis plus certain moi même de qui je suis. Tu es Arawn. Grogne la voix de Hollow sans insister de ses insultes habituelles comme s'il attendait que je pose des mots moi même sur ma situation. Je renifle douloureusement mon courage avant de parler. « Ça a commencé à la fin de l'été dernier. J'ai fais une overdose, je me souvenais de rien. Ils m'ont retrouvé pieds nus à plusieurs kilomètres de mon dernier souvenir. » Je détourne le regard vers la vitre un instant avant de poursuivre. « J'ai fais une rehab, je suis clean depuis plusieurs mois. » Que je clame non sans un air de profond défis à la fois pour lui et pour mon propre esprit. « Les docteurs m'ont dit que j'étais malade, que…  » J'hésite un instant. Parler de ma psychose n'est pas exactement un détail en ma faveur. Pas avec ce qu'il a vu. Il ne me croira jamais, m'enverra à l'asile et marquera son rapport d'un « il était juste fou à lier », l'excuse qui expliquera tout. « Mon esprit est malade. » Que je finis par avouer. Je ne sais pas pourquoi cela me tient tellement à cœur qu'il croit, qu'il comprenne que la folie n'est pas là cause, juste la cerise sur le gâteau. J'échappe un rire nerveux, raclant distraitement le sang sous mes ongles. « Je ne sais pas comment expliquer. Je n'ai jamais eu de chien avant. » Avant Cujo. « Je croyais que j'avais juste un bon feeling avec les chiens. Qu'ils étaient juste bien dressés. » J'ose planter mon regard dans le sien à nouveau. « Puis j'ai compris… » Putain. Je ne crois pas moi même à ce que je vais dire. « J'ai compris que je pouvais les contrôler. » Un souffle m'échappe, du soulagement je crois. « Mais je ne savais pas que je pouvais faire ça ! Je ne voulais pas ! Je ne contrôle pas j'ai… j'étais terrifié putain… je ne voulais pas… » Que je m'empresse d'ajouter pour ma défense, les larmes revenant à la charge mais je suis trop fier cette fois pour les considérer. Je serre les dents, accepte ma faiblesse. « Je ne voulais pas… » Mon visage finit par se baisser. « S'il vous plaît… J’ai pas… j'ai pas d'argent pour payer ma sortie si vous m'emmenez au poste. Je ne veux pas que ça soit elle qui vienne payer pour moi… je ne veux pas qu'elle sache. Je veux juste rentrer chez moi… » Alors peut être comprendront-ils, que je ne suis qu'un monstre.

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violentes banalités - Mer 17 Avr - 16:55

Arad Rose a écrit:

Insane, inside, the violence gets me high
Les mots de Maldwyn n’ont aucun sens aux yeux d’Arad. Il est confronté à cette possibilité, celle qui l’effraie et remet en cause ses convictions, celle d’un monde plus sombre, plus mystérieux. Un monde où il est faible, et où les faibles n’ont pas leur place. Il ne répond pas, reste sans voix face à cette folie aux relents de vérité. Il ne sait pas quoi penser de son suspect, ne sait pas s’il doit le considérer dangereux ou pathétique. De ce qu’il a vu jusqu’ici, la balance penche légèrement vers le côté « dangereux ». Il ne sait pas s’il doit mettre ça sur son passé, son histoire avec la drogue, ou s’il doit le croire. Cela n’aurait pas été une question s’il n’avait pas été témoin de cette scène incroyable, flashes de crocs et de griffes aux reflets rougeâtres.

Il devrait sans doute confier l’homme à l’ambulance, qui démarre rapidement et quitte la ruelle pour s’en aller vers l’hôpital. La victime est partie aux urgences, laissant derrière elle une silhouette sanglante qui est bien vite balayée par la pluie. La couleur est rappelée quand il s’aperçoit enfin de l’état du nez de Maldwyn. Il n’a rien d’autre à lui offrir si ce n’est un mouchoir en papier avec le sigle du fast food dans ses reliures.

Il écoute l’autre avec un intérêt douteux, celui d’une personne qui remet en question tous les mots qui peuvent sortir de la bouche de son interlocuteur. Une mention de sa maladie suffit à Arad pour le catégoriser, le labelliser et écarter toute crédibilité. Il est malade, diagnostiqué et anciennement dépendant. Son témoignage ne vaut rien, tout comme sa tentative de justification. Pourtant … Pourtant une partie de lui y croit. Une partie de lui croit en ce contrôle, en ces histoires presque fantasmagoriques d’esprit malade et de pouvoir absurde. Il en a été témoin, nier serait un manque de confiance en lui-même. Il n’est pas question de douter de son propre témoignage.

Les suppliques restent sans réponses pour l’instant. Il est toujours en train de digérer les faits et les actes, toujours en train de méditer sur sa réponse et sur ce qu’il vient de voir. Croire ou ne pas croire, faire confiance et relâcher l’homme ou l’emmener au poste. Il semblerait que son instinct ait déjà fait le choix pour lui quand il a menti sur l’identité du suspect à l’ambulancier. Il fait confiance à cette petite voix qui le guide depuis qu’il est gosse. Si elle se trompe, les conséquences reviendront le hanter, il en est certain, mais comme dirait Maldwyn, il était terrifié. Il y a peu de chance pour qu’Arad se trompe sur son personnage. Maldwyn a l’air d’être quelqu’un de simple, de bon, et d’effrayé. Un cocktail qui peut parfois exploser quand confronté au danger.

« Je ne t’emmène pas au poste. Je te ramène chez toi. Je sais pas si je te crois, j’ai encore besoin de digérer ce que je viens de voir. »

Il soupire et démarre la voiture, prêt à conduire sous les instructions de Maldwyn, qui est sensé le guider chez lui.

« J’pense que t’es toujours un peu taré, mais ce que je viens de voir, avec les chiens, c’était … Quelque chose. »

Il ne sait pas encore quoi, mais c’était contre nature, quelque chose de jamais vu. Et la façon dont les chiens se sont dispersés … S’ils avaient été à Maldwyn, jamais ils n’auraient abandonné leur alpha de cette façon, et jamais ils auraient surgit de nulle part comme des bêtes assoiffées de sang. Cette attaque avait été presque … surnaturelle.

Il commence à s’éloigner de la scène de crime. La musique démarre en même temps que la voiture. Quelque chose de vieux et qui ressemble à de la folk, calme et doux, l’ambiance qui perd un peu de sa tension. Pourtant, les méninges d’Arad ne cessent de travailler, ressassant la scène encore et encore.


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violentes banalités - Jeu 18 Avr - 1:35


Blood stains, speed kills, fast cars, cheap thrills
C'est un jeu de miroir pervers. Un juste retour du destin, le karma de l'incrédulité qui brûle dans ses yeux. Je le connais bien ce feu là, je l'ai attisé des pensées hérétiques, des doutes aussi fins et tranchants que du papier. Des bibles entières de croyances que j'ai décortiquées, dénudées de honte. Des croix pourpres peinte sur les portes des églises, et tous ces mythes et ces superstitions bâillonnées sur les lèvres de leurs orateurs. La chasse aux sorcière pour prouver qu'elles n'existaient pas. Ils ne faisaient pas le poids, ils ne pouvaient pas ébranler l'ordre de mon monde. Grand inquisiteur, protecteur des remparts de la normalité, en guerre des affabulations contraires. La fumée pour masquer l'horizon, couvert de cendres, je m'étais fossilisé dans la banalité. Pas de magie, pas d'inexpliqué, sans risques et sans espoirs. C'était ma vie, c'était la sienne avant de me rencontrer. Un grand bûcher qui a fini par immoler ma raison là où la lumière des brasiers devait chasser les ombres. Ce que je vois dans ses yeux c'est ce que j'étais. Ce que j'entends dans ses mots c'est l'égide dressée de ce refus de croire si familier, pourtant si terriblement fendu par l'implacable vérité. Il y a des choses dans ce monde qui sont; alors qu'elle ne devrait pas être. Je n'ai pas d'autre moyen de me l'expliquer et de le comprendre. Et c'est peut être bien cela qui est le plus terrifiant. Alors s'il écoute mes mots il ne croit pas. Pas encore. Comme moi il lui faudra peut être l'aide d'une autre personne, plusieurs écueils surnaturels pour finir par accepter la réalité. Je m'en veux d'avoir été cette première pierre à déclencher l'avalanche, ce témoignage si violent de ce qui se cache sous le voile. Inévitablement je pense à Clemens, au choc frontal de ces vérités. À Célestine aussi, et à Lise et Delilah. Tout ce monde qui constituait mon univers, ces piliers qui se sont écroulés. Mais je crois qu'un paysage de ruine sied mieux à ma folie.

Les larmes salées piquent les chairs meurtriers de mon nez enflé. Je ne redresse avec peine le visage que lorsqu'il se met à parler. Un soupire de soulagement qui perce mes lèvres lorsqu'il accède à mes supplique et m'annonce qu'il va plutôt me ramener à la maison. La perspective du phare gelé est presque plus réconfortante que le chauffage dans l'habitacle. L'hôpital aussi était hors de question, jamais je n'aurais pu payer les frais médicaux. « Je comprends… » Que je murmure empathique à son choc émotionnel car j'en ai vécu un similaire. « Il… il n'y a pas que des choses terrifiantes… promis. » Je juge bon de préciser. Il y a des choses merveilleuses de l'autre côté du miroir et je suis navré qu'il n'ait vu pour l'instant que les tâches qui le recouvre. « Je suis taré Mr l'agent. » Je n'ai aucune honte à le confirmer sans équivoque et avec un brin de fermeté retrouvée dans la voix. Un peu était une manière de ménager l'évidence, même si le terme péjoratif ne me plaisait pas.

Je m'approche de la grille, mes doigts se glissant entre les barreau. J'écoute la musique un bref instant, une paix toute relative face au tourment de l'homme et à la douleur qui me lancine. Le besoin de m'excuser encore et encore, de le supplier. Comme si lui et uniquement lui pouvait me donner l'absolution de ce péché que je peine encore à comprendre. Je frotte les larmes mourantes au coin de mes yeux, cherchant son regard. Un sourire triste passe sur mes lèvres en même temps qu'un conseil. « Le meilleur moyen de comprendre un cauchemar et de se réveiller, c'est d'en parler. » Le démystifier, trouver le confort primal rassurant, un autre être pour vous bercer et vous dire que tout ira bien. « C'est comme ça que je fais, pour digérer ce que je suis. » Je n'aime pas me l'avouer mais ces voix dans ma tête aident à démêler ce qui m'arrive. Même si la plupart du temps elles ne cherchent qu'à me tromper. Je me détache de la grille qui nous sépare pour échouer contre le siège. « Le phare d'Arcadia. » Que je finis par dire après un long silence. « C'est là où je vis. » Je ferme enfin les yeux, épuisé, cherchant une position confortable à l'arrière de la voiture de l'inconnu. Merci. Merci de ne pas avoir définitivement confirmé que j'étais le monstre digne d'une cage et d'un collier. Mains jointes près de mon visage, menottes inconfortables, je finis pourtant par m'endormir sur la banquette arrière. « Merci… » Que je murmure en glissant dans un sommeil plus proche de l'évanouissement. La peur de demain ne m'atteint plus, je vis à l'instant présent. Mais Arawn n'oubliera pas.

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