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No mercy - Sam 27 Avr - 19:58



NO MERCY

Le bitume est froid, dur contre son dos, les crêtes et arrêtes lui rentrent dans les côtes, lui font un mal de chien. Et la nuit est bien noire. Elle ne discerne même pas les étoiles, que les lumières de la ville tentent chaque soir de surpasser. Le pire dans l’histoire, c’est qu’elles y arrivent et que, chaque fois que le bateau est amarré, Kheira ne peut plus les contempler et se noie dans la lumière aveuglante des réverbères. Difficile de déterminer l’heure qu’il est, et elle n’en ressent pas même le besoin. Elle s’y est habituée, à vivre constamment en décalé, l’humanité et la normalité abandonnées dans un coin de ruelle sombre. Parfois, quand elle se décide à s’appesantir un peu plus sur sa condition, elle s’étonne qu’il ne lui soit encore rien arrivé de trop grave. Le corps endormi, le monstre repu, elle est vulnérable à souhait. Et Charybde oublie trop souvent qu’elle vit dans une enveloppe bien humaine, que la chair est faible. Le monstre attaque sans réfléchir, ne pense pas aux conséquences, seulement à se nourrir. Mais il y a plus fort que la dévoreuse des mers et viendra le jour où elle ne s’en sortira pas.

Ce qui la fait bouger, ce qui la décide à agir, c’est cette odeur, la moiteur de son corps, les vêtements imbibés qui collent à sa peau. Désagréable. Elle s’y habituerait presque, chacun de ses réveils se solde par une tâche de vomi sur le pavé. Et les débordements sont nombreux. Les membres tremblent un peu, quand elle se relève, étirent le corps entre le mur et la poubelle où elle s’était logée, maigre rempart contre le reste du monde. Le sac jeté parmi les déchets est vite retrouvé ; par chance, personne ne semble s’y être trop intéressé. Les mains l’époussettent d’un geste distrait, avant de l’épauler, tandis que les mains s’activent, remonte les cheveux épargnés par les salissures sur le sommet de son crâne. Le premier réflexe serait de retourner au bateau, mais une petite partie d’elle craint cette idée. Mieux vaut laisser passer un peu de temps, la culpabilité la ronge déjà bien assez, aucune envie de croiser le regard de Sahara.

Elle se glisse dans les rues, la frêle silhouette, épouse les ombres, s’alanguit sous les lumières jaunâtres. Le pas claque contre le bitume, elle croise quelques âmes errantes, frissonne presque, à l’idée que quelqu’un ne l’ait vu, ne sache ce qu’elle a fait. Il doit bien en avoir, des voyeurs, qui ont laissé traîner leurs yeux vers elle, vu la créature assoupie ou peut-être même la gueule béante se repaitre. Peut-être ont-ils détourné les yeux, ou plutôt observé dans un silence macabre, avide des bassesses et de la misère humaines. Alors elle baisse le regard, fouille compulsivement dans son sac, sort le paquet de clopes, en glisse une entre ses lèvres, replonge sa main dans ses affaires, sans trouver de briquet. « Fait chier. » Elle finit par abandonner, après quelques jurons bien sentis, et coince la cigarette dans la poche arrière de son jean. Il y aura toujours un con pour la lui allumer.

La vie humaine revient, à mesure qu’elle avance et elle observe les devantures, tous ses bars irlandais qui font la queue bien sagement le long des docks, sans trop savoir devant lequel s’arrêter. Il y a du monde, du bruit, des lumières et de la musique, là où elle s’engouffre, tout ce qu’il lui faut pour se noyer dans la foule. Personne ne regarde trop et, même si c’était le cas, les gens qui se dégobillent dessus sont monnaie courante dans le coin et à cette heure-là. Elle se glisse parmi les buveurs, bouscule sans ménagement quelques personnes gênantes, menace de se faire attraper par le col, gueule plus fort que le poivrot et finit par atteindre les toilettes, dont elle referme la porte, presque avec soulagement.

Y’a quelques filles, occupées à se pouponner, à rire comme des guenons, à babiller et minauder. Une foule presque aussi compacte que devant le bar, mais elle parvient à atteindre le lavabo à force de regards noirs. Le haut est vite ôté, qu’elle jette dans la cuvette blanche après avoir allumé l’eau. Le jean suit, après qu’elle n’ait récupéré sa clope et elle se passe de grands coups d’eau, s’accroupit pour chercher des affaires dans son sac, sans s’occuper de la curiosité des filles. Alors qu’elle passe les jambes dans le pantalon propre, la porte s’ouvre et elle crache d’un ton sans appel « C’est les toilettes des filles ici ! ». Le mec n’a pas l’air de trop percuter, sa main s’empare d’un talon qu’une de ses compagnes a retiré pour se soulager un instant les pieds et la chaussure s’envole avant que la porte ne claque. Interdites, on la dévisage, quelques protestations aigues s’élèvent, mais pas bien d’humeur, Kheira se rhabille en silence avant de s’éponger le visage, de se jeter de grandes brassées d’eau à la gueule avant de boire tout son saoul, ignore les autres. Les vêtements trempées, lavés à la va-vite, elle les essore avant de les fourrer dans son sac, sans s’occuper de l’eau encore imbibée. « Bonne soirée. » qu’elle lâche après avoir passé le pas de la porte, sans obtenir de réponse.

L’odeur est là, encore un peu enfouie, mais elle se sent mieux, beaucoup mieux, parviendrait presque à respirer. Et à rentrer au bateau, pourquoi pas. Mais l’ambiance la pousse à s’attarder un peu, elle se stoppe sur la chaussée, juste devant le bar bondé, observe les alentours et jette son dévolu sur le premier venu. « T’aurais pas du feu ? » Elle dégaine sa cigarette, comme pour preuve de bonne volonté. Un petit mouvement du pouce, un clic sonore, une petite flamme et il se débarrasse d’elle.
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No mercy - Mer 1 Mai - 18:20


who is the wolf and the little red hood
Il avait toujours trouvé la houle puante. L'odeur trop salée de l'air marin, les relents de l'écume poissonnière qui se déverse à gros bouillons contre les docks. La pierre gorgée d'algues visqueuses, les détritus rejetés par le courant qui valsent dans leur jus. Et il en connaissait un rayon sur les poubelles et les mauvaises odeurs, mais l'océan c'était ce qu'il y avait de plus dégueulasse à ses yeux. Les épaves de pétroliers, les carcasses de baleines échouées et les forêts de plastique flottant. Tout finissait dans la mer, ironie du sort quand on sait qu'on vient tous de là. Les décharges à ciel ouvert sur la côte, les mouettes qui s'étouffent sur du polystyrène avant de le recracher dans les vagues. Les épurations des égouts et des usines qui ajoutent leurs relents toxiques. Tout ça lui filait la gerbe comme s'il avait mis les pieds sur un rafiot qui tangue, l'estomac retourné comme ça lui arrive rarement. Et c'était sans compter sur le fait que la plupart des pubs Irlandais se trouvent ici, la débauche humaine camouflée au milieu de ce dépotoir industriel. Il déteste ce quartier, ce repaire d'ivrognes et de filles faciles. L'odeur d'alcool qui vient vaporiser l'atmosphère, les rires et les bousculades maladroites de ceux qui commencent déjà à danser avec les fées. Il a l'impression que leurs odeurs sont aussitôt sur lui, la sueur et la bière imprégnant ses habits. Alors pourquoi s'infliger cela ? Parce que c'est en fouillant dans les ordures qu'on trouve parfois des trésors.

Et la perle du jour c'est cette fille. Une petite nénette à peine sortie de sa coquille qui rôde souvent dans le quartier. Un soir il y a quelques semaines où il l'a rencontrée par hasard. Enfin, par hasard. Ce soir-là il était aussi de sortie dans ce quartier, les poings qui le démangeait de taper sur les ivrognes. Un sport qu'il ne pouvait empêcher, ses élans de violence impitoyable si un pauvre type avait le malheur de le bousculer. Des prétextes vite trouvés quand les gros lourds mettent les mains aux fesses des filles sans permission. Mais cette fille là elle n'avait pas besoin d'être sauvée. Il avait observé en silence, un fascination morbide pour ce retournement de situation qu'il n'attendait pas. Il connaissait des femmes hargneuses mais jamais encore il n'avait rencontré pareille créature. Pas un oupyr, mais quelque chose du même genre. Il n'était pas intervenu, parce qu'il avait l'intérêt du chasseur qui rencontre une nouvelle espèce, le naturaliste qui observe la bête dans son habitat. Et la chose repue de s'endormir comme un gros chat à même le sol crasseux, roulée en boule sur elle même. Il aurait pu la cueillir là, ramasser la prédatrice en pleine digestion et la fourrer dans le coffre de sa voiture. Mais il n'en avait rien fait. Au lieu de cela il était resté dans son pan d'ombre, l'avait observée dormir jusqu'à ce que la nuit avancée finisse par le démanger et lui assurer que la chose ne bougerait pas. Lorsqu'il était revenu au matin elle avait disparue, mais il ne lui avait pas fallu beaucoup de temps pour retrouver sa trace. Il avait besoin de l'observer, la suivre, en savoir plus avant de la tuer. Elle avait dévoré un type, c'était preuve suffisante, mais il fallait qu'il en sache plus s'il voulait pouvoir arrêter ses semblables. Alors il avait prit pour habitude de la suivre, une personne de plus à surveiller sur sa liste bien longue de suspects.

Et une jeune femme qui dort à même le sol dans son vomi comme une sans abris, c'était assez facile à repérer en cherchant. Il se demandait comment elle avait survécu jusque-là sans finir elle même dévorée. Le mur longé pour la suivre sans bruits, le pas tranquille pour ne pas se faire repérer. Mais voilà qu'elle s'engouffre dans un bar et qu'il doit se hâter pour pas la perdre au milieu de tous ces dockers et leur pintes de bière. Vive et menue, il suffit d'un instant pour qu'elle lui échappe. Fuck. Il se retrouve à l'intérieur du bar, scrute sans succès par dessus les gros bras et les filles un peu pompette. Les filles. Sans retenue il se dirige vers la porte des toilettes, l'ouvre sans retenue ni politesse. Il la retrouve là, la monstrueuse qui se refait une petit beauté. Un sourire mesquin qui s'étire sur ses lèvres alors qu'elle feule à son intention. Bien sûr qu'il sait que c'est les toilettes des filles, et alors ? Le talon d'escarpins qui s'échoue contre sa tempe le fait battre en retraite pourtant. Nouvelle stratégie, il l'attendrait dehors devant la seule sortie.

Le piège ne manque pas et la voilà qui l'accoste pour demander du feu. Parfois il se demande si elle se sait épiée. Il n'avait pas forcément été très discret ce soir. Peut être qu'elle joue le jeu aussi, qu'elle fait semblant d'être une victime sans défense pour mieux le dévorer lui aussi. Il l'a jauge un instant, retirant entre deux doigts la clope qu'il était en train de fumer. Un regard de haut en bas pour la détailler et un rictus qui se plante sur ses lèvres pour sortir son feu de sa poche. « T'es pas un peu jeune pour traîner dans un bar comme ça. » Qu'il taquine d'une voix pourtant glacée, tendant la flamme de son briquet à sa portée. Il se frotte un instant la tempe, la peau rouge là où la chaussure l'a frappé. « Désolé pour tout à l'heure, les toilettes, je cherchais ma meuf. » De l'honnêteté sur son identité qui vient pourtant se greffer d'un mensonge alors qu'il tire sans vergogne sur sa cigarette. Il prenait le temps de parler avec ses proies, avec ces satanées créatures inhumaines. Il lui fallait être sur avant d'agir, avant l'irréparable. Si Arad apprend ça, il sera encore à le saouler avec ses histoires de bonté. Fuck that.

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No mercy - Sam 4 Mai - 23:21



NO MERCY

L’étincelle flambe entre eux, vacille un instant au sommet du briquet, étoile d’orange et de bleu au milieu de la nuit noire, où toutes ses consœurs peinent à se faire remarquer. T’es bien qu’une allumeuse, toi. L’extrémité de la cigarette coincée entre ses lèvres s’embrase et elle prend une première bouffée d’un air salvateur, alors que les mots résonnent à ses oreilles. Elle laisse s’échapper la fumée sous les néons de la devanture du bar et ses grands yeux clairs dévisagent cet homme qui se permet de la juger. Simple demande d’allumer sa clope, et le voilà qui se décide à lui faire la causette. La première réponse n’est qu’un haussement d’épaule. Pas son problème, qu’il cherchait sa meuf. Aucune excuse n’est prononcée, ce n’est qu’une chaussure, il se remettra de la collision. Elle ne lui en veut pas vraiment non plus. Qu’il entre donc dans les toilettes des filles si ça lui plait. C’est la première impulsion qui a guidé le lancer, pas une longue réflexion inutile. Il n’y a pas de gêne, qu’il ait pu la voir à moitié nue ou contempler le foutoir de ces lieux féminins. Elle est bien la dernière des pudiques et la première à se détacher des niaiseries de ses consœurs. Si on peut les appeler comme ça. Il n’y a aucune sentiment d’appartenance envers les créatures rencontrées quelques minutes plus tôt pendant qu’elle tâchait d’échapper aux relents de vomi. Mieux vaut être affilié aux poivrots des autres toilettes.

Au fond, on sent que les paroles ne sont que taquinerie. Mais le ton reste glacial et les poils s’hérissent, avec à la première pensée du danger. Les mots se veulent malins, mais derrière, il y a quelque chose, qu’elle n’arrive pas à définir. Peut-être est-ce simplement de la paranoïa, ou l’instinct exacerbé du monstre. Le malaise persiste, se niche dans un coin de l’esprit et elle se fait cassante. « Je crois pas que t’ais ton mot à dire sur mes fréquentations ou sur mon âge. » T’es pas mon père. Ni mon frère. Et même si ça avait été le cas, il n’aurait su imposer un jugement. Elle avait cessé d’être sous la tutelle du premier depuis belle lurette et le deuxième n’avait jamais su imposer sa volonté. Et pourtant. Capitaine d’un bateau. Capitaine de rien du tout, oui. « Je suis majeure. Et tant que j’ai de quoi payer mes conso’, j’ai parfaitement ma place ici. » Et après tout, c’est ses collègues de travail qui viennent boire ici, elle peut bien se loger à la même enseigne qu’eux. Pourquoi pas moi ? Personne ne s’attend à voir ce petit bout de femme travailler au milieu des dockers, sans jamais faiblir, ce n’est pas pour autant qu’elle ne s’y trouve pas, qu’elle n’accomplit pas ce pourquoi on la paye. Si elle s’arrêtait à ce que pensait les gens, il y a longtemps qu’elle n’avancerait plus. Alors elle préfère fumer devant les docks, à causer avec un briquet bavard.

Et au final, lui, il est tout seul à griller sa clope devant le bar. Pas de meuf pour lui tenir compagnie. Il ne l’a pas trouvé, elle l’a abandonné ou peut-être ment-il. Aucune raison de le penser, mais l’idée titille toujours. Le monstre s’agite sous la peau, s’inquiète. Alors qu’elle le dévisage, il y a cette drôle d’impression de déjà-vu. Rien de très persistant, sûrement qu’un visage entraperçu au détour d’une rue. Le genre qu’on ne remarque même pas, sur lequel on ne s’arrête pas. Pas avant de partager une étincelle de feu ensemble et de laisser des prunelles emplies de jugement se poser sur elle. Les sourcils se froncent, alors qu’elle crache pensivement sa fumée dans sa direction. « Je t’aurais pas déjà croisé quelque part ? » C’est pas une tentative de drague, ni une phrase lancée en l’air. Il y a une vraie question, auquel elle aimerait une question. Ce n’est sûrement qu’une impression, rien d’important, mais elle est curieuse quand même, de ce drôle de sentiment qui s’impose, plus elle le regarde, plus elle détaille son visage. « Ta tête me dit quelque chose. » Nouveau haussement d’épaule. Au fond, ce n’est sûrement qu’une pensée futile qui lui traverse l’esprit. Juste un mec qui vient fumer devant ce bar, qui accepte de lui prêter son briquet, qu’elle quittera dans quelques instants pour ne plus jamais en entendre parler.
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No mercy - Mar 7 Mai - 17:11


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Elle a plus que la nicotine sur le bout de la langue celle-là, et dans le fond ça lui plaît. Ça avait drôlement changé son rapport aux autres tout ça, sociopathie aidant. Il n'avait jamais été naïf au point de croire que les gens ne cachent pas toujours quelque chose derrière leurs façades bien proprettes. S'il y avait bien une chose en laquelle il ne croyait plus depuis longtemps c'était l'innocence. Même les enfants au final, il avait toujours eu du mal à gérer ces petites choses en besoin d'attention constant. Les enfants qu'il avait vu lui étaient maigres et le regard aussi farouche que des chiens, toujours prêts à mordre. Prêts à se défendre feu et sang ou crever la bouche ouverte. C'était toujours quitte ou double, et c'était ce qui l'empêchait d'être toujours en confiance. Il en tuait pas des douzaines pour autant, parce qu'il comprenait le concept d'être victimes de circonstances. Quoi qu'en dise l'autre grand con de flic, il avait un minimum de principes à suivre. Seulement voilà, avec tout ça maintenant il savait que les gens autour de lui avaient peut être plus qu'une grenade ou une photo dénudée de leur cousine à cacher. Alors de méfiance il était passé à paranoïa. Qu'est ce qui faisait des victimes au final, il n'était plus certain. Peut être que cette gamine aux crocs acérés n'avait pas d'autre choix pour survivre. Auquel cas elle n'était pas mieux qu'un animal sauvage à abattre pour le bien de l'humanité. Peut être qu'elle l'avait choisi, et là la réponse devenait aussitôt claire. Kill the bitch. Peut être que c'était plus complexe mais au final le résultat était le même : manger ou être mangé. Il fallait y faire quelque chose, il ne pouvait pas rester passif. Alors maintenant quand il rencontrait quelqu'un il se demandait toujours des deux, quel serait leur destin.

La bougonne râle à ses piques, parce qu'il l'a cherchée et bien trouvée. Un petit sourire arraché à ses lèvres pendant qu'il siffle sur sa clope son petit effet. Pour sûr il avait rien à dire et à s'inquiéter, pas quand la mioche avait dévoré un type plus gros qu'elle. Comment ça fonctionnait tout ça d'ailleurs, elle avait plusieurs estomacs comme les vaches ? Marinait son repas dans des litres d'acide gastrique ? En tous cas ils se voyaient pas sur son cul, ces kilos de viande qu'il l'avait vu boulotter. Et voilà qu'elle lui demande si elle l'a pas déjà vu, clame que son visage est familier. Elle était perspicace un minimum la mignonne. Plusieurs semaines qu'il la suivait et elle avait rien capté jusqu'ici. Ou alors c'était le chasseur chassé, et si la perspective d'être la proie le fait sourire, il reste néanmoins sur ses gardes. « Paraît qu'ils ont prit ma gueule pour mettre sur les boîtes de céréales pour faire arrêter le sucre aux enfants. C'est peut être là qu't'as vu ma tronche. » Qu'il blague, le timbre toujours glacé. Il tire une nouvelle fois sur sa clope, prenant son temps pour se tourner vers la jeune femme et planter son regard sans le sien. « Toi aussi tu m'dis quelque chose j'dois dire. Je reconnais bien ta dégaine. » Rictus carnassier alors qu'il clame la vérité haut et fort, pourtant sous le couvert toujours de la plaisanterie. Il aime créer de l'instabilité, de l'incertitude dans la conversation. Après tout si elle sait, elle y lira le vrai message. Autrement, elle va commencer à flipper. « J'vois que j't'ai vu y'a plusieurs soirs de ça non ? T'as raison, excuse moi, c'était pas ma place de juger alors que t'es clairement une habituée. » Qu'il ajoute, passant sa langue sur ses lèvres et la pointant doucement du doigt. Elle était fière la bête. Alors il voulait voir si elle connaissait la peur.

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No mercy - Ven 10 Mai - 20:57



NO MERCY


T’essaie de me faire passer un message, connard ? C’est un peu nerveusement qu’elle tire sur la cigarette. Les iris scrutent le visage de ce gars dont elle ne connait pas même le nom, mais elle n’est pas sûre de vouloir le savoir. Merde, il est weird. De la bouche d’un autre, prononcé sur un autre ton, la phrase aurait pu la détendre, arracher une esquisse de sourire, ouais, peut-être. Mais ici, les paroles sont glaciales, pas une once de malice dans son regard, ni dans sa moue. Difficile de savoir sur quel pied danser, elle a presque l’impression d’avoir tué sa mère à l’entendre parler. Et va savoir, p’t’être bien que c’est bien vrai. Pour ce qu’elle en sait, bien possible qu’elle soit tombé sur sa mère, une fois, et qu’elle l’ait bouffé. Et que maintenant, le gus la suit, hante ses pas, en quête de vengeance. Stupide. L’idée est repoussée d’un geste distrait de la main, son doigt ébranle la cigarette, les cendres s’échouent sur le trottoir et y agonisent en silence. Elle se rassurerait presque en entendant la suite des paroles. On en croise chaque soir, des gars, dans le coin, les visages sont flous dans la mémoire, les apercevoir ne suffit pas à les fixer. Il dit sûrement la vérité, elle traîne assez sa carcasse dans le coin pour que la gueule d’un poivrot lui revienne, et vice-versa.

Pourtant, au fond, la créature frissonne, Charybde s’agite, mue par une paranoïa qui lui est propre. Un petit quelque chose lui fait dresser les poils, l’alerte vibre dans un coin de sa conscience, l’inquiétude remue. Il est pas net. Intuition déchirante, qui lui broie aussi sûrement les entrailles que la faim dévorante de Charybde, à certaines heures de la journée, et même de la nuit. Mais elle a encore du temps devant elle, avant que le monstre ne se réveille, peut encore se permettre de traîner sur la terre ferme. Le mauvais pressentiment enflamme le myocarde, les yeux s’agitent, cherchent des indices, scrutent le visage du prêteur de feu. Finit cette putain de clope et barre-toi. Rien ne l’empêcherait de se tirer d’ici tout de suite, d’abandonner le gars sous les néons du bar, elle pourrait finir cette cigarette en rejoignant le bateau, nul besoin de s’attarder. Et pourtant, les deux pieds restent bien fixés au sol, elle continue de le fixer, avec une curiosité dérangeante. Elle n’aime pas, rester dans ce flou, cette indécision, est mue par la seule envie de savoir d’où vient l’intuition, intuition qu’elle a toujours suivie et qui lui a maintes fois sauvé la vie. Et qui lui dit aujourd’hui de faire gaffe à ce mec. Alors elle crache sa fumée, regarde le petit bâton meurtrier se réduire à mesure que les aiguilles tournent, quelque part, sur le cadran de l’immense horloge qui régit la vie humaine.

Elle se permet un sourire, sourire aussi froid que ses blagues. Moi aussi je peux jouer. Sauf qu’elle est bien incapable de savoir à quelles règles se plier. « C’est bien ce qu’ils devraient faire. Ç’aurait le mérite d’être efficace. » Bonne campagne de prévention. Même Kheira, en le voyant là, devant elle, s’inquiète, alors que Charybde gronde sous la carme. Pour sûr qu’elle ne boufferait rien avec sa photo dessus. « Tu devais pas retrouver ta meuf ? » Vas-t-en, que ça sous-entend. Barre-toi, ta sale gueule me revient pas. Mais elle garde son calme, continue de fumer sous les étoiles, le cœur palpitant, la paranoïa attisée par l’effrayeur d’enfants sur les paquets de céréales. Et la question demeure, l’interrogation ne la quitte pas, foudroie l’esprit, dans le désir de savoir, de comprendre. « Qu’est-ce que tu me veux ? » qu’elle crache sans aucune autre forme de procès. Le sourire se perd. Elle suit l’impulsion, l’intuition et l’instinct. Au pire, elle agresse un pauvre gars qui n’a rien demandé. Mais elle n’est plus à ça près. Déjà à moitié folle, faute à Charybde, l’avis d’un homme importe peu. « Je sais pas à quoi tu joues, mais tu ferais mieux de cesser. » Les yeux se plissent, menaçants. Peut-être qu’elle fait simplement peur à un innocent, qui déguerpira. Au mieux, elle a vu juste, et ce gars, il est pas net.
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No mercy - Mar 14 Mai - 18:29


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Ça commençait à faire un tour dans sa jolie tête blonde. Non pas qu'il essayait franchement d'être menaçant, mais le givre qui s'échappait de ses lèvres était à glacer le sang. Parce que malgré ses sourires et ses paroles banales, il soufflait un vide flagrant. Le calme tranchant du type qui ne fait aucun effort pour ne pas paraître louche. Pas désagréable pourtant, pas pour l'instant. Mais elle commençait à comprendre l'ogresse, à hérisser le poil de sa présence. Il aurait pu en finir dans son sommeil, la bercer un peu trop près du mur vers une nuit infinie. Il ne l'avait pas fait parce que ce n'était pas le genre de la maison. Parce qu'il lui fallait chasser la proie plutôt que de l'achever à terre. Parce qu'il lui fallait comprendre aussi, ce à quoi il avait affaire. Jouer avec le feu était peut être un peu cruel mais après tout c'est d'elle même qu'elle était venue lui demander la flamme. Il l'avait suivie mais elle lui réclamait à s'immoler volontiers, si ce n'était un signe alors qu'était-ce ? Non pas qu'il croyait à ces conneries, il laissait ça au reste des Vox Populi. Alors c'est naturellement que la donzelle commence à grogner, que la cigarette est nerveusement torturée et la cendre abandonnée sur le sol. Elle pourrait partir, se la jouer Prométhé, prendre son briquet et fuir sans demander son reste. Au lieu de ça elle reste plantée là à entretenir une conversation qu'elle apprécie de moins en moins. Soit elle est naïve, soit elle est assez sûre d'elle pour ne pas montrer le dos au moindre malaise. Sûrement un mélange des deux. Alors il l'observe, l'œil acéré au travers de la nicotine, un cyclope de fumée. Elle n'a pas l'air d'avoir jamais remarqué sa présence, ses filatures insistantes. Il avait sans doute tort au final, il restait de l'innocence en cette créature. Dommage que ce ne soit que l'indolence d'une femme enfant confrontant sans le savoir son poursuivant.

Qu'elle lui rétorque que l'idée des paquets de céréales en soit une bonne le fait sourire de plus belle, les quenottes carnivores à se comparer aux siennes. Et qu'elle évoque sa soit disant meuf perdue pour le congédié comme un mauvais esprit qu'elle souhaite exorciser lui arrache un rire léger. « Quelle meuf ? » L'audace de feindre l'ignorance, de retourner sa veste de mensonges sans manquer de lui en mettre la manche en plein visage. Son regard qui ne quitte pas le sien alors qu'il écrase sa cigarette sur le sol, réajuste le col de sa veste et se rapproche imperceptiblement. Il ne valait mieux pas qu'elle sache ce qu'il lui voulait vraiment, ou la sourit risquerait de rentrer dans son trou, les cales de ce vieux rafiot sur lequel il l'a vue monter. Et elle crache et montre les dents, lui ordonne d'arrêter ses manigances alors que dans le fond il n'a pas fait grand chose jusqu'ici. La posture de menace mesurée qu'elle prend lui arrache un autre rire léger. « Je n'joue pas ma jolie, tu voulais du feu et j'ai obéis volontiers. » Le rictus est moqueur, ses mains qui se glissent dans ses poches non sans prendre le temps de tâter l'intérieur de sa veste. Il se demande si elle saurait digérer le métal, si le contenu de sa veste en venait à servir. « Considère moi juste comme un inconnu soucieux de ton bien être. » Your friendly neighbourhood sociopath. Il se marrerait presque du mensonge éhonté. Sa langue passe sur ses lèvres et il s'approche d'un nouveau pas. « Tu connais ce vieux proverbe chinois ? Celui qui dit que si tu dors après avoir mangé tu vas te transformer en vache ? » Or maybe she would eat a dozen cows. Qu'il lui glisse, avançant la main vers son visage pour lui voler sa cigarette sans succès, son bras retombant le long de son corps. « J'm'inquiète juste, dans ce pays les vaches finissent toujours avec un pieux derrière la tête. L'Amérique aime ses burgers. » Il mime le geste de l'index, son majeur pressant la détente d'un flingue imaginaire. « Je ne suis pas végétarien, et je ne crois pas me tromper en disant que toi non plus ma jolie. » Sa voix presque un murmure, il ose un pas de plus, le calme toujours nonchalant. La menace dans ses mots alors que son visage transpire l'indifférence glacée. Si cela avait déjà fait un tour dans sa tête, peut être trois ou quatre de plus maintenant qu'il lui jetait sa monstruosité au visage. Qui du loup ou de la brebis était à blâmer, le perdant restait celui qui se faisait manger.

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No mercy - Dim 19 Mai - 19:28



NO MERCY


Ses mots sonnent comme un glas solennel à ses oreilles. Le mensonge se dévoile, sous le sourire du prédateur qui s’avance imperceptiblement. Sa poitrine tressaute, son cœur manque un battement, ses yeux scrutent ceux de l’inconnu. Ce n’est pas la peur qui l’embrase, non, le monstre n’a pas peur. Peut-être une pointe d’inquiétude, au milieu de la houle de curiosité mordante. Mensonges, apparente sympathie, voix de givre. Le danger latent lui fait dresser les oreilles. Le monstre est tout ouïe. Prends garde à ne pas te faire manger. Un mot de travers et c’est la fin. Le regard se fait beaucoup plus dur, Charybde se tapie dans un coin, montre les crocs, prête à bondir, alors que Kheira a le réflexe de garder son sac sous la main, avec la ferme intention d’en sortir son arme au besoin. Un mort de plus ou de moins… Au moins, celui-ci ne finira pas dans ton ventre. Elle ne montre rien de son trouble intérieur, tente de garder le cap, de ne pas lâcher la barre. Audace folle, de rester là, plutôt que de déguerpir au plus vite. Les prunelles ne le lâchent pas, son regard s’éparpille sur chacun de ses gestes. Le tâtement du renflement de sa veste, la langue passée sur ses lèvres, l’approche de l’homme. Danger hurle sa conscience. Mais Kheira n’est pas raisonnable, presque hypnotisée par la menace. Un inconnu soucieux de ton bien être... Elle en sourit, l’ébauche d’un rire franchit ses lèvres à cette entente.

Il sait.

Il sait, comme tant d’autres savent. Elle s’est mise en danger, le savait pertinemment, en s’établissant à un point fixe, en s’attachant au bateau. A Sahara. Les bulles de vérités éclatent, à mesure que de nouvelles personnes découvrent la vérité. Tu es un monstre, Kheira. Combien de temps avant que quelqu’un ne se présente pour la traîner devant la justice ? Ou même la tuer ? Peut-être est-ce aujourd’hui. Peut-être son bourreau est-il venu, décidé à punir les crimes du monstre niché en elle. Peut-être qu’il se trouve devant elle et n’attend plus que la première occasion d’en finir avec elle. Reste à la lumière. Ne fuis pas dans les ruelles sombres. Conseil sûrement avisé, mais que la peur, désormais bien palpitante, empêche de bien parvenir à son cerveau. L’esprit s’agite, les pensées s’enchainent, les scénarios catastrophes la harcèlent et elle ne sait que faire. Il n’y a plus que l’instinct qui répond, alors qu’il tente de lui dérober la cigarette et qu’elle lui crache presque à la gueule en l’ôtant de ses lèvres, loin de sa poigne. Une vache. Et elle rit, tire une nouvelle fois sur sa clope, tente de se détendre, de lui montrer qu’elle n’est pas intimidée et qu’il peut bien aller se faire foutre. Une vache qui va t’enculer avec ses cornes si t’y fais pas gaffe, mon gars.

Difficile de savoir qui est le vrai prédateur dans l’histoire. La gosse à l’appétit insatiable ou l’homme qui s’avance, s’approche beaucoup, envahi l’espace vital et la menace de sa tête de plus, lui fait tordre le coup pour ne pas le perdre des yeux. Elle a frêle allure, à côté de lui, la gamine, pourtant bien formée, née dans la guerre, grandie sur la mer. Le travail l’a endurci, et elle ne faiblit pas devant lui, se contente de cracher sa fumée, de la laisser éclater sur le visage de l’inconnu. Fuis, grogne le monstre, qui aimerait survivre pour quelques heures encore, avant que la faim ne regagne ses entrailles et qu’il puisse se repaitre une nouvelle fois. Mais Kheira ne cédera pas, ni au monstre, ni aux menaces voilées de métaphores stupides. Alors elle s’approche aussi, franchit la distance qui les sépare, colle presque son corps au sien.

Le regard sombre ne ment pas, elle entrouvre les lèvres, se lèchent les babines, profite du danger qu’elle incarne, à sa manière. « Je crois qu’entre nous, c’est bien toi qui a le plus de chance de te retrouver dans un burger. » A l’instant, elle embrasse presque à plein bras sa nature, ne fait qu’une avec Charybde, jouie de la monstruosité qui est sienne. Il ne se doute sûrement pas de la dualité qui existe entre l’humaine et le monstre. « Tu n’as jamais goûté, j’imagine ? Peut-être que si tu étais gentil, je te laisserais en vie et je te ferais partager. » Menace à peine voilée, sous le sourire et les canines luisantes sous les néons. Bluff. Mensonges. Pas bien différente de lui, au final. Jamais Kheira ne saurait se délecter à la manière du monstre logé dans un coin de son esprit. Mais si cela peut le faire reculer, instiller une once de peur chez cet homme, elle ne saurait qu’en jouer, appuyer Charybde, rien qu’une fois. La gamine a déjà contemplé trop d’horreurs ; née dans les cendres de Bagdad, la rage au ventre, le sang a coulé sur les flots, le monstre s’est dévoilé. Un autre aurait pu s’effrayer de prononcer ces mots, mais les paroles ne sont rien aux égards des crimes déjà commis, bien malgré elle.

La main s’approche, se saisit de son col, le relève un peu, le tord sous ses doigts. Aucune force n’y est mise, elle se contente de froisser le tissu. Il n’a nullement besoin de savoir ce qui se cache sous la carne, les années de batailles sanglantes et de travail ardu qui ont forgé muscles et mouvements. On ne devient pas combattant. On nait ainsi. Et dès son premier souffle, elle s’est battue contre le monde entier. La deuxième main effleure le torse. Une autre qu’elle l’aurait peut-être descendu, mais elle s’intéresse beaucoup plus à sa veste qu’à son entrejambe. Les doigts ne tardent pas à trouver le renflement dans la veste et la poigne se resserre sur le canon de son arme, ce flingue qu’il dissimulait et dont elle s’empare. La folie du monstre l’habite, nulle crainte, plus que l’audace inconsciente. Presque suicidaire. Celui qu’elle menace n’est sûrement pas un gentil caissier.
(c) DΛNDELION
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No mercy -

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